ART | VIDÉO

Correspondances

19 Sep - 07 Jan 2008

Un échange de « lettres vidéo » entre le cinéaste iranien et le cinéaste espagnol.

Erice et Kiarostami
Correspondances

Victor Erice et Abbas Kiarostami ont tous deux la conviction que leur cinéma est indissociable de l’enfance, dont ils ont fait une origine et un sujet. Ils ont en commun une « politique de la lenteur » et développent un art de l’observation minutieuse qui prend le temps pour matière première. Ils travaillent également aux frontières du cinéma, recourant à l’installation vidéo, à la photographie et à la peinture.
Au-delà de leurs thèmes et motifs de prédilection communs, tels que l’enfance, les paysages, les routes et les chemins, les arbres ou le silence, l’exposition se fonde sur un échange de « lettres vidéo », filmées en caméra Digital Vidéo.
Cette correspondance est un échange poétique où chacun met en scène l’oeuvre de l’autre – par exemple, au film de Victor Erice qui montre un instituteur projetant à ses élèves Où est la maison de mon ami ? de Abbas Kiarostami, le cinéaste iranien répond à celui-ci en filmant un coing en référence au film du cinéaste espagnol Le Songe de la lumière. Ces « lettres vidéo » constituent le coeur de l’exposition. Après avoir été présentée à Barcelone et Madrid, l’exposition est enrichie d’un outil hypermédia qui tire parti des nouvelles technologies et des dispositifs mobiles.
Parallèlement à cette correspondance/vidéo des deux cinéastes, le public peut découvrir dans l’exposition la mise en espace par Victor Erice de tableaux du peintre espagnol contemporain Antonio Garcia López et un bel ensemble des installations et photographies de Abbas Kiarostami, dont certaines inédites en France.
Dans une obscurité propice à la méditation, le parcours de l’exposition dessine un cercle, avec en son centre La Forêt sans feuilles, une installation de Abbas Kiarostami formée de fûts verticaux recouverts d’écorce d’arbre, véritable forêt, virtuelle et réelle à la fois. L’espace symétrique et réversible, permet au visiteur d’amorcer son parcours soit par Erice, soit par Kiarostami. Dans les deux cas, il découvrira tout d’abord deux films conçus par Alain Bergala pour comparer et dégager les traits communs des deux filmographies.

Artistes
Abbas Kiarostami
Abbas Kiarostami est né le 22 juin 1940 à Téhéran en Iran. Il suit des études aux Beaux-Arts. En 1969, il crée le département cinéma de l’Institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes. Dès son premier film, Le Pain et la rue (1970), Abbas Kiarostami témoigne de sa réflexion sur le poids des images et le rapport du réalisme avec la fiction. Son sujet de prédilection, le monde de l’enfance, est décliné au fil d’une longue série de courts, moyens et longs métrages, durant lesquels il parvient à trouver un équilibre subtil entre la narration et l’approche documentaire. Avec Close-up (1990), le cinéaste réagit à un authentique fait divers et, avec la participation des protagonistes, en fait un prétexte de réflexion sur la mise en scène du réel.
Après la trilogie Où est la maison de mon ami ? (1990), Et la vie continue (1992) et Au travers des oliviers (1994), Le Goût de la cerise(1997) est l’oeuvre de la maturité et de la consécration. Le film, qui raconte l’obsession du suicide chez un homme de cinquante ans, est une ode à la liberté individuelle louée par la critique et dénoncée par les autorités religieuses iraniennes.
Depuis 2001, Abbas Kiarostami ne travaille plus qu’en digital. Amené à prendre de plus en plus de liberté, il a réalisé depuis plusieurs films de nature et de durée très différentes : ABC Africa (2001), Ten (2002),10 on Ten (2004), Five dedicated to Ozu (2003), Roads of Kiarostami (2005)…

Victor Erice
Victor Erice est né le 30 juin 1940 à Karrantza en Espagne. Fasciné par le cinéma qu’il découvre enfant, il devient à la fois un important critique et un très grand réalisateur. Avec seulement trois longs métrages, L’Esprit de la ruche (1973), Le Sud (1983) et Le Songe de la lumière (1991) en plus de trente ans, il est l’un des cinéastes espagnols les plus rares et secrets de sa génération. C’est précisément du secret d’un pays tenu à l’ombre par des années et des mystères de l’enfance que se nourrit son oeuvre. Depuis la fin des années 1990, Victor Erice a tourné trois courts métrages, dont Enfantement (2002).
Victor Erice a beaucoup écrit sur le cinéma, notamment un essai sur les films de Nicholas Ray (Nicholas Ray y su tiempo, par Victor Erice et Jos Oliver, Madrid, 1986).