PHOTO

Contained Radiance

POrnella Lamberti
@14 Mai 2011

Laddie John Dill énonce des «phrases de lumière», délicats néons rectilignes de toutes les couleurs qui ponctuent poétiquement les murs blancs de la galerie Dominique Fiat, en de mystérieuses lucioles de verre.

Ces «light sentences», créées dans les années 70, sont de minces néons — d’un centimètre de diamètre — composés de cylindres de verre colorés; bleu marine, vert pomme, jaune canari, bleu fluorescent, blanc iridescent, violine… ou translucide. Un mélange d’argon, de mercure, d’uranium et d’hélium parcourt certains fragments, les illuminant, ou sont absents d’autres, alors «éteints». Les radiances lumineuses se montrent, volages, par séquences.

Les néons, exposés verticalement ou horizontalement, évoquent tour à tour des phrases en morse, des haïkus lumineux, d’étranges phasmes de verre. Un vrombissement entêtant, à l’instar de ceux que l’on entend dans les hôpitaux dépeuplés ou lorsque l’on s’approche d’un écran cathodique, sourd, plongeant la galerie et le visiteur dans une méditation hors du temps face à ces totems de lumière.

Et, si l’on observe les néons de près, un discret phénomène se manifeste: le mouvement des particules de lumière, vibrato hypnotique, intense, vrillant et vibrant doucement, dont on ne saurait déterminer la direction. Difficile de détourner le regard de cette alchimie, de ce «Grand Œuvre» de la matière en mutation, qui sait engendrer la lumière.

Fruits d’une alliance contre-nature, ces néons réunissent la technologie la plus froide — les néons sur lesquels l’on peut encore lire le numéro de commande du verre, ainsi ornés de mots polaires tels Snow White 6500 USA — et la sorcellerie de la lumière qui advient.

Laddie John Dill, artiste américain appartenant au mouvement Light and Space né dans les années 60, réinvestit l’acte de domestiquer la lumière de sa folie géniale et mystérieuse. A cette fin, tel Daniel Buren, il utilise la séquence colorée pour appuyer visuellement ce qui tend à devenir invisible, par habitude, à nos yeux. Car le regard s’use et il est bon de lui rappeler la magie du voir.

Œuvres
— Laddie John Dill, Glass Painting Light Sentence, 1971. Argon, mercure, verre. 235 x 1 cm
— Laddie John Dill, Light conditions of Northern New Mexico Light Sentence, 1971. Argon, verre. 1 x 235 cm
— Laddie John Dill, The Third Waves Light Sentence, 1971. Argon, verre. 230 x 1 cm
— Laddie John Dill, Light on the Arno Light Sentence, 1971. Argon, verre. 212 x 1 cm

AUTRES EVENEMENTS PHOTO