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Constructed Landscapes

PEmmanuel Posnic
@23 Fév 2009




Maria Thereza Alves livre une œuvre dans la lignée de Beuys, à la fois politique, écologique et piqué d’un humour régénérateur. Avec Constructed Landscapes, elle s’interroge sur les rapports Nord-Sud et met en scène un néo-colonialisme qui avance masqué...




Si, en terme de flux, la mondialisation économique n’a jamais été aussi poreuse, elle révèle pourtant des pratiques héritées du colonialisme. La vision occidentalo-centrée perdure contre toute logique de libre-échange et avance même sous couvert d’une certaine condescendance à l’égard de régions en développement. Typiquement, l’échange ne vaut réellement que s’il est inégalitaire et la pluralité que si elle implique la relégation des cultures exogènes.

C’est ce phénomène que Maria Thereza Alves tente de mettre en lumière. Elle concentre son discours sur  les stratégies occidentales de domination économique et culturelle et sur les moyens de s’y opposer.
Une oeuvre politique dans la lignée de Beuys, qu’elle applique sur le terrain des valeurs identitaires et écologiques et qui s’appuie sur un cadre méthodologique éprouvé par les faits.
Plutôt qu’une analyse, Maria Thereza Alves livre une description précise et argumentée qui évite l’écueil de la démonstration scientifique en revisitant chaque situation par l’humour.

Dans Constructed Landscapes, sa première exposition personnelle chez Michel Rein, l’artiste brésilienne s’appuie sur la réalité des échanges commerciaux entre pays du Sud et pays occidentaux.  Avec la vidéo What is the Color of a German Rose? (une énumération de nos fruits, fleurs et légumes courants qui rappelle leurs origines extra-européennes), ces échanges induisent la confiscation de l’identité de certaines espèces et les répercussions de ce flux constant sur l’équilibre écologique de la planète.
Le grand étalage de ces produits s’achève sur la présentation d’un immense panier de cocagne, sorte de pièce montée de la consommation, apanage de cette surenchère vers l’abondance qui connaît son pendant dans les pays victimes de pénuries alimentaires.

Les allers-retours sont constants chez Maria Thereza Alves. Avec Fair Trade Head, elle propose même d’échanger une tête  »française», celle d’une volontaire au programme élaboré par l’artiste (programme intitulé Tête équitable), contre une tête Maori issue des collections municipales de Rouen que le Ministère de la Culture se refuse à rendre, en dépit des lois internationales interdisant le commerce des restes humains.
A croire que si les collections publiques françaises sont inaliénables, les réflexes néo-coloniaux le sont tout autant. Et l’équité que clame Maria Thereza Alves a au moins le mérite de pointer du doigt les contradictions d’une nation érigeant l’égalité et la citoyenneté pour tous.

Difficile de porter cette parole sans verser dans le documentaire à charge. Mais si la tentation est forte, Maria Thereza Alves réussit à éviter ces écueils non pas tellement en accompagnant les faits, plutôt en les recouvrant, en les «augmentant» d’une pointe d’humour salvatrice.
Pour désamorcer la réalité du constat, voire pour le rendre encore plus pernicieux. Dans la vidéo Bruce Lee in the Land of Balzac, l’artiste plaque sur l’image d’une ferme un matin de brume la bande-son des scènes de combat de l’acteur hongkongais, créant ainsi une étrange conversion des bruits de la campagne française.
La Vallée du Lys endormie chère à Balzac revisitée par le cinéma hollywoodien saveur Chinatown : une autre forme d’intrusion en écho ou en réponse aux politiques d’immigration des pays riches. Finalement pour comprendre l’Autre, ne s’agit-il pas de s’inviter chez lui ? Et si la culture endogène n’avait d’autre avenir que son « indigénisation » ?

Maria Theresa Alves
—  Bruce Lee in the Land of Balzac, 2007. Vidéo 2’
Male DIsplay among European Population, 2008. Vidéo, 2’
—  What is the Color of a German Rose, 2005. Vidéo, 6’14
Through the Fields and into the Woods, 2007. Ferronnerie et chaîne métallique

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