ART | CONFERENCE

Conférence. Voix extimes (en regard de Passim de François Tanguy)

18 Oct - 18 Oct 2014
Vernissage le 18 Oct 2014

Dans le cadre des Rencontres philosophiques du T2G, dirigées par le philosophe Emmanuel Alloa, des théoriciens issus de tous horizons sont invites à déplacer la pensée et à repenser les scènes où celle-ci peut avoir lieu. La saison 2014-2015 étant axée sur la thématique des “communautés intimes”, Gwénaëlle Aubry, chercheuse au CNRS, propose de travailler, autour de la pièce Passim de François Tanguy, la notion d’extime, d’une intimité à rebours de l’intériorité, qui lutte en meme temps contre une fuite hors de soi.

Gwénaëlle Aubry
Conférence. Voix extimes (en regard de Passim de François Tanguy)

En son usage augustinien, l’intime n’est rien d’autre que le superlatif de l’intérieur. Mais qu’en est-il alors d’une intériorité saisie sans ce redoublement, hors intimité? Quelle scène ouvre-t-elle, quel théâtre et quelles voix? Vers quel «je» (et quel «jeu») multiple, virtuel, déplace-t-elle le moi? «La littérature ne commence que lorsque naît en nous une troisième personne qui nous dessaisit du pouvoir de dire Je», écrit Deleuze dans Critique et clinique. Mais l’écriture est aussi ce qui permet de ressaisir, à même son corps et sa voix propres, cette expérience de la désappropriation. C’est ce double mouvement que l’on voudrait décrire.

Gwenaëlle Aubry est écrivain et philosophe, chercheuse au CNRS. Elle est l’auteur de plusieurs romans, parmi lesquels Personne (Prix Femina 2009) et Partages (Mercure de France, 2012). Traductrice de Plotin, Porphyre et Proclus, elle a par ailleurs publié plusieurs essais et de nombreux articles sur la philosophie antique et ses réceptions contemporaines.

Thème de la saison: Les Communautés intimes
Selon une opinion aujourd’hui courante, l’intime ne serait qu’un autre nom de la vie privée, ce qu’un individu a de plus propre. Mais que se passe-t-il si l’on conçoit au contraire l’intime comme ce domaine où l’on se soustrait à l’objectification, au regard identifiant? Comment repenser aujourd’hui toutes ces micro-communautés – solidaires ou amoureuses (Marguerite Duras appelait cela la «communauté des amants») – où loin de la simple addition d’individualités, s’expérimentent de nouvelles formes d’être en commun? Comment comprendre que, face à la tyrannie de la vie privée et de sa protection sanctuarisée, l’intimité est toujours, et immanquablement, un lieu d’extimité?