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PMuriel Berthou Crestey
@13 Jan 2010

Michael DeLucia dit avoir l’impression d’être «un peu plus qu’un opportuniste». Il réinvente le ready-made, au service d’une métamorphose et d'une pratique sculpturale basée sur la reprise.

Pour sa deuxième exposition personnelle à la galerie Nathalie Obadia, Michael DeLucia présente une petite sélection de ses dernières hybridations technologiques. Sans ambition de séduire le visiteur, mais seulement pour attiser sa curiosité vis-à-vis de réalisations incongrues. Aussi assemble-t-il, comme à son habitude, des objets communs — cadre de vélo mutant (Of Primitive Means), brouettes juxtaposées (Racecar), etc. —, dans des constructions inattendues qui privent ces objets de toute fonction.

Avec Racecar, Michael DeLucia associe la peinture rouge et rutilante d’un couple de brouettes aux codes de la voiture de course. Superposées, les deux brouettes sont symétriques, mais leur superposition les ancre davantage au sol.

Un autre acte de détournement opère sur un vélo retourné selle et guidon à terre (Of Primitive Means). Le cadre se démembre, s’écartèle, s’étire par endroit. Les roues sont remplacées par des disques de bois et de plâtre, qui n’ont plus en commun avec l’original que la forme circulaire, devenue inutile.

Au mur, l’emboîtement de stores les transforme en sculpture; leur encastrement dessus-dessous génère leur métamorphose. Complémentaires par leurs couleurs verte et rouge, ils se complètent. En face, une installation est basée sur la liaison entre deux stores disposés cette fois côte à côte.

Ces œuvres sont traversées par la notion de «devenir autre», de faire surgir une altérité, et cela à partir de la figure du redoublement ou de la répétition d’un même objet.
Michael DeLucia assemble des objets traditionnellement isolés pour en faire des paires. Deux objets ne font plus qu’un. Leur association produit alors des circuits clos, des situations kafkaïennes.
«Sans dessus-dessous»: tel pourrait être le titre de cette exposition, comme un clin d’œil au roman de Jules Verne (1889) dénonçant les dérives d’un monde uniquement techniciste. Ici, les brouettes ne peuvent plus rien contenir que le vide existant entre leurs deux structures.

Mais Michael DeLucia ne se contente pas d’assembler ces «machines mariées» : il sculpte à l’aide d’une fraiseuse pilotée par ordinateur, et coupe les pièces métalliques pour aboutir à ses assemblages. Le «dessous» de ces Å“uvres est donc aussi renversant que ses propositions plastiques.
Le spectateur a beau se trouver confronté à des installations prosaïques et concrètes, l’utilisation de la technologie la plus avancée règne au sein de ses œuvres.

L’activation du principe de métamorphose et l’emploi des technologies avancées contribuent à l’intérêt du travail, toujours en devenir, de Michael DeLucia.

Liste des Å“uvres
Michael DeLucia

— Michael DeLucia, Mi Casa Su Casa, 2009. Shutters, hoods, scallops and wings. 152,4 x 152,4 x 61 cm
— Michael DeLucia, Community (Red and Blue Awnings), 2009, Aluminium hoods, scallops & wings, ropes. 213,3 x 213,3 x 61 cm
— Michael DeLucia, Of Primitive Means, 2009. Frame of bike, wooden wheel, wheel in plaster. 152,4 x 76 x 35,5 cm
— Michael DeLucia, Racecar, 2009. Wheelbarrows in metal. 127 x 130 x 70 cm.

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