ART | EXPO

Coma

18 Jan - 01 Mar 2008

Pour sa première exposition à la Galerie Wolff, Valérie Favre propose une nouvelle série d’images déconstruites et décalées. Par le biais de ses parodies picturales, qui revisitent avec provocation les tableaux majeurs de Rembrandt, l’artiste s’interroge sur les aspirations qui se cachent derrière la résignation sociale.

Communiqué de presse
Valérie Favre
Coma

Les peintures de Valérie Favre sont comparables à une narration continue, dans laquelle l’artiste prend et coupe les fils de l’intrigue avec les années. Sa première exposition personnelle à la galerie Jocelyn Wolff marque aussi le début d’une nouvelle série : Redescriptions. Le titre défend l’idée selon laquelle toute signification de l’image peut être déconstruite et décalée. C’est pourquoi les peintures de grand format de Valérie Favre ne proclament pas d’autonomie mais reprennent programmatiquement des images connues de l’histoire de l’art pour les développer en un miroir qui reflète les aléas de notre monde actuel.
Le lien entre les différentes oeuvres présentées à la galerie Jocelyn Wolff est la vulnérabilité du corps humain, qui culmine dans le titre de l’exposition «Coma».
À travers deux parodies provocantes, l’artiste revisite La Descente de Croix (1634) de Rembrandt à notre époque. Sa redescription de cette scène centrale de la religion chrétienne (la mort terrestre du fils incarné de dieu, devenu homme) remplace le groupe religieux du tableau par des majorettes – des femmes habillées en soldats défilant dans les carnavals : la féminité sexualisée fait écho à la masculinité du soldat. Dans une seconde version, le Christ est entouré de créatures mythiques, centaures, faunes et satyres. Surplombant la scène, Hécate, déesse tricéphale de la magie, apparaît au premier plan. Ce personnage incarne la critique de l’église en tant qu’institution, inquisiteur de la mythologie.

Le triptyque La Volière témoigne plus encore de la prédilection de Valérie Favre pour les êtres hybrides mi-hommes mi-bêtes : à proximité d’une cage à oiseau détruite, deux faunes sont allongés au sol. Le scénario obscur se révèle être une référence à la prison de Guantánamo. L’artiste utilise la composition pour dépeindre un état d’esprit collectif et place le spectateur au sein de la chambre de torture qu’il observe. Le motif de l’aigle au gant jaune, emblématique du travail de Valérie Favre, surgit là encore. Il représente la liberté dans un double sens: la capacité de l’oiseau à s’échapper de la cage et l’emblème du pouvoir.
Déjà, ses ailes ont été écourtées et l’un des faunes doit le supporter avec le gant. À moins qu’il n’essaie de le retenir au sol ?

Une peinture de la série des aigles, La Prière, s’associe au triptyque dans l’espace d’exposition : l’oiseau est ici recroquevillé sur un tapis, gêné par le grand gant jaune qui recouvre son aile. Fonctionnant à la fois comme soutien et entrave, cet accessoire vestimentaire devient, chez Valérie Favre, une métaphore de l’ambivalence de l’action humaine : un gant peut toujours être retourné. La liberté et l’oppression trouvent leur incarnation dans les mêmes symboles.

«Coma» fait référence à un état intermédiaire entre la mort et la résurrection dans le cas de la figure de Jésus dans Redescriptions ; dans La Volière, il renvoie à la zone d’ombre de Guantánamo. Néanmoins, les peintures de Valérie Favre gardent une lueur d’espoir : tant que nous sommes dans le coma, il est toujours possible de nous réveiller et de surmonter la peur qui nous paralyse. Après tout, cette possibilité est ce qui suscite rêves et fantasmes, et Valérie Favre tente de la réanimer à travers l’ensemble de son oeuvre. «Coma» s’attaque ouvertement à la résignation sociale. Son choix du médium anachronique de la peinture est conscient – la dimension physique du combat contre la résistance du médium renforce ses positions conceptuelles. Pourtant, elle pose finalement une question simple : à quoi aspirons-nous en tant qu’êtres humains ?

D’autres oeuvres sont présentées à la galerie Jocelyn Wolff : la série des Shorts Cuts. Comparables à des extraits de films, ces instantanés sont peints dans un format cinémascope, renforçant la référence au cinéma. Bien que ces tableaux reprennent certains fragments des grandes toiles et ces récits, ils contredisent néanmoins toute notion de série : ils nous laissent entrevoir des bribes d’histoires qui ne sont jamais racontées jusqu’à la fin.
Maike Schultz
(traduit de l’anglais par Albane Duvillier et Alexander Koch)