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Colles et Chimères

21 Juin - 21 Sep 2014
Vernissage le 20 Juin 2014

Patrick Bailly-Maître-Grand revisite les techniques anciennes, les gestes originels de la pratique photographique, tout en leur appliquant un caractère purement conceptuel. Avec ses images, strictement argentiques, qui oscillent entre rigueur scientifique et poésie, il a pour ambition de nettoyer la photographie des miasmes de l’utopie réaliste.

Patrick Bailly-Maître-Grand
Colles et Chimères

Les travaux de Patrick Bailly-Maître-Grand ont été fondateurs pour toute une génération de photographes français. Depuis 1980, l’artiste n’a cessé de revisiter les techniques anciennes, les gestes originels de la pratique photographique, tout en leur appliquant un caractère purement conceptuel. Ses images, strictement argentiques, oscillent entre rigueur scientifique et poésie.

Fruit d’une généreuse donation de l’artiste au musée Nicéphore Niépce et au musée d’art moderne et contemporain de Strasbourg, deux expositions complémentaires, l’une à Chalon-sur-Saône et l’autre à Strasbourg, reviendront sur trois décennies de création photographique expérimentale.

Au début des années 1980, la photographie d’auteur erre à mi-chemin entre le constat brut et le rejet de la réalité. L’approche de Patrick Bailly-Maître-Grand fonde alors un parcours singulier et solitaire qui échappe à tous les regroupements. Il est convaincu que l’essence de la photographie repose sur son acte de naissance, un écart entre l’intention et le tirage. Ce faisant, il s’autorise la citation historique et nous oblige à repenser l’acte photographique dans sa totalité, de la prise de vue à la destination de l’image.

Patrick Bailly-Maître-Grand décide d’une redéfinition des fondements de l’image mécanique qu’il adosse à l’histoire scientifique de la photographie. Il s’attèle à découvrir et expérimenter les techniques anciennes, du daguerréotype à la chronophotographie: «Il faut percevoir en ce bricolage laborieux une quête nostalgique des années primitives de la photographie quant tout était à découvrir avec une boîte, un bout de verre, de la chimie et du hasard.»

Il pénètre dans l’acte photographique en faisant appel aux préceptes de la science. La photographie est comparable à ces jeux instructifs du XIXe siècle, ces formes cultivées et récréatives d’apprentissage de la connaissance scientifique. La méthode recourt constamment aux leurres. Patrick Bailly-Maître-Grand joue avec la lumière qu’il transforme en matière et la matière en lumière. Le photographe-physicien raisonne sur les paradoxes de la substance, de l’espace, du temps et du mouvement, ces données physiques et interchangeables essentielles à la constitution de l’acte photographique. L’optique et la chimie sont l’objet du geste expérimental. Chaque série est là pour vérifier empiriquement les intuitions des pionniers.

Si l’artiste a voulu aller à rebours, c’était pour mieux se délester de tous les discours qui encombrent l’image mécanique. La tentative de réconciliation avec les premiers gestes et les premières manipulations avoue son ambition: nettoyer la photographie des miasmes de l’utopie réaliste.

En parallèle, un autre versant de l’exposition «Colles et chimères» de Patrick Bailly-Maître-Grand est présentée au Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg du 28 juin au 19 octobre 2014.