ART | EXPO

Cloche sexe

06 Sep - 11 Oct 2014
Vernissage le 06 Sep 2014

Vincent Olinet présente un ensemble de peintures de faux marbre sur plaque de verre. L’artiste peint sous verre, donc à l'envers. Il élabore à rebours. Tissant un lien avec la culture classique, il présente également un série de sculptures en forme de demi-cloches en bronze, fer et bois, posées les unes après les autres dans une marche silencieuse.

Vincent Olinet
Cloche sexe

L’exposition présente une nouvelle série de peintures de Vincent Olinet, Young Ruins. Ce sont des peintures de faux marbre sur plaque de verre, dont la couche de peinture est grattée par endroits. L’artiste peint sous verre, donc à l’envers. Il élabore à rebours, commençant par les détails et finissant par des aplats larges, grattant ensuite pour révéler la transparence du support. Le faux marbre, par définition, n’existe qu’en tant que production. Il copie la nature, parfois en exagère les traits, et invente son histoire géologique au cours de sa réalisation.

Certaines de ces plaques ont été installées dans des bars et laissées à la disposition de contributeurs anonymes. C’est cette mise en danger provoquée par l’anonymat du graffiti qui intéresse Vincent Olinet. Le marbre réduit à sa pellicule d’artifice où transparaît un souffle d’humanité, aussi pauvre et futile qu’un graffiti. Parole gravée en secret, dans l’intimité des toilettes ou sur une table de collège. Provocatrice, vengeresse, maladroite, amoureuse… comme une respiration anonyme de la pensée.

Strasmourg et les Strasmourgeois est une série de demi-cloches en bronze, fer et bois, posées les unes après les autres dans une marche silencieuse. La cloche comme matrice, une enveloppe utérine génératrice de sons dont la fonction alerte et rythme nos sociétés. Le choc du battant contre le bronze.

Pour cette œuvre, le battant s’anthropomorphise en un sexe de statue antique. Cette question de la représentation pose la question du positionnement du sexe masculin comme sexe fort, garant de l’académie, mais aussi comme symbole d’une mise à nu, d’un dévoilement.
Ce dévoilement se traduit par l’exposition de cloches, objets pudiques, lourds de culture chrétienne. La cloche, traditionnellement nichée dans un clocher, volant à tout va pour appeler à elle, est décrochée de cette tour pour s’affirmer à nos regards. Vincent Olinet part dans cette quête absurde de la vérité qui va ensuite le pousser à disséquer ces cloches pour mieux en saisir le secret. Un découpage qui va à l’encontre de leur vocation musicale et qui fait résonner visuellement leur vide intérieur. Une césure qui permet de rassembler ces cloches, de les serrer les unes aux autres, inventant un carillon compact.

Comme pour une mélodie, dont les différentes notes s’assemblent et se mélangent, ces sculptures sont un ensemble entier dont l’âme se partage en six. Six étapes cinématiques, six tailles et timbres différents, six âges différents du même objet. Strasmourg et les strasmourgeois est un mélange de brutalité et de sophistication, dont la masse des poutres et du bronze fait écho au vide qu’elles contiennent. Utiliser ces matériaux vénérables est pour Vincent Olinet une façon de tisser, dans un véritable rapport physique à la sculpture, des liens vers une culture classique, une culture hiératique, une culture française.

Vincent Olinet est né à Lyon en 1981.

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