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City Maquette

Mathilde Monnier n’en est plus à la première élaboration de ce projet, déjà mis en œuvre au Centre chorégraphique de Montpellier 2007, puis à Berlin en 2008. Elle semble s’être prise au jeu d’une reprise toujours différente. Réalisant la pièce avec des groupes distincts, chaque représentation est prétexte à de nouvelles expérimentations. La partition d’Heiner Goebbels, bercée entre synthétiseurs et rythmes jazz, sert de trame nécessaire à une certaine expression de l’urbanité. Pour le compositeur, l’opéra Surrogate Cities, écrit en 1994, exprime le thème d’une ville à travers ses rapports de forces. « Dans les rapports de pouvoir au sein d’une ville, le solitaire a toujours le dessous ».

De ce postulat pessimiste et singulier, Mathilde Monnier s’attache à faire naître l’image d’une ville en mouvement, traversée par des zones d’ombres, mais faite aussi d’une diversité créatrice et exaltée. Pour la chorégraphe, la ville « porteuse », transcription littérale de l’expression « surrogate mother » qui signifie la mère porteuse, c’est aussi la ville qui accompagne. Il s’agit d’une vision de la métropole au-delà d’une spatialité ou d’une temporalité nettement définie, d’une possibilité de ville. Une voie qui porte vers l’utopie, vers l’élaboration d’un imaginaire partagé. Cette chorégraphie participative alloue ainsi à l’expression la recherche d’une mise en commun, faisant appel à toutes les identités déployées, sans se fondre dans aucunes d’entre elles.

Faisant danser une classe de CM2, des danseurs Hip Hop, des danseurs du conservatoire, un groupe d’arts martiaux chinois, et des seniors de danses de salons, Mathilde Monnier crée une atmosphère de contrastes, entre générations, culture et appartenance. Le spectacle réunit un ensemble d’individus, citoyens lambda qui recouvrent le plateau de dessins à la craie. À travers ce geste fondateur, le choix de l’enfance est clairement affirmé pour que chacun se réapproprie la ville à travers l’art du crayonnage, du jeu et de la spontanéité. La pièce se déroule ensuite chronologiquement, sans trop de surprise. Les enfants expriment l’idée de la maquette, à travers paquets d’emballages et boîtes de conserve. De jeunes danseurs, encore adolescents, prennent la relève, dans un univers mi-antique mi-contemporain, fait de colonnades de papiers et de graffitis. Enfin, les groupes d’arts martiaux et de danses de salons présentent leur vision de la ville, entre maîtrise et sensation.

La pièce, dynamique dans son introduction, perd peu à peu de son énergie. On est favorable à l’idée d’une participation d’amateurs sur scène. On est admiratif de la prise de risque que représente le choix d’une partition musicale exigeante et complexe comme celle d’Heiner Goebbels. On salue la qualité du geste amateur dans la pièce, qui révèle l’exigence et l’ambition du travail réalisé en ateliers auprès des différents groupes ; de même que la rencontre audacieuse entre élèves du Conservatoire de danse de Paris et amateurs de Hip-hop. Cependant, on ne parvient à sentir, au-delà des lieux communs, un lien essentiel entre tous ces groupes si caractérisés.

Une piste cependant, celle de l’empreinte, de la trace laissée dans la ville, se déploie comme fil conducteur. Elle tente de traduire l’appropriation que chacun crée à l’intérieur d’un espace qui lui est familier. Une belle manière de questionner la cité et ses habitants, nos perceptions et nos regards sur nos lieux de vie, en faisant collaborer toute une salle.

— Chorégraphie : Mathilde Monnier
— Musique : Heiner Goebbels
— Adaptation chorégraphique : Florian Bilbao
— Assistants à la chorégraphie : Lluis Ayet et Anne Lopez
— Scénographie : Annie Tolleter
— Lumière et direction technique : Thierry Cabrera
— Régie générale, son, vidéo : Marc Coudrais
— Régie plateau : Jean-Christophe Minart
— Interprète : avec la participation d’élèves de 6è du collège Alphonse Daudet (XIVe), d’élèves du Conservatoire de danse de Paris, de danseurs amateurs de hip-hop, d’un groupe d’arts martiaux chinois de l’Université française.