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City Game.

PMagali Lesauvage
@12 Jan 2008

Nouveau lieu du XIIIe arrondissement, l’Espace Carte blanche poursuit son exploration du thème de la relation entre peinture et photographie avec une exposition de toiles récentes du jeune artiste français Marc Goldstain.

Marc Goldstain fut «découvert» en 2000 lors de l’exposition «Ce sont les pommes qui ont changé» à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts, exposition consacrée au «paysage contemporain en peinture», où l’on retrouvait également Philippe Cognée et Gilles Aillaud.
Marc Goldstain est peintre et sa technique est irréprochable. Utilisant la photographie comme outil mémoriel (et non pour un simple décalque sur la toile), l’artiste réalise des vues de villes, glacées. Évoquant l’ambiguïté des œuvres d’un Edward Hopper, ces paysages fortement architecturés, aux rares personnages anonymes, frôlent l’hyperréalisme sans jamais s’y complaire.
«Je peins la ville, déclare Marc Goldstain, des paysages parfois reconnaissables, mais banals à force d’être quotidiens, tout comme les passants de mes toiles, uniques mais anonymes. J’aime ce contraste: des paysages et des gens que l’on ne regarde pas, mais que je choisis de représenter parce que ce sont des images omniprésentes de ma vie. […] J’y vois un champ d’une richesse picturale et poétique immense».

Si les villes de Marc Goldstain sont nues, c’est pour mieux en révéler l’abstraction et le silence: dans la toile Game Over (2006), la moitié inférieure du tableau, représentant un dallage délavé par la pluie, n’est qu’un jeu de lignes sécantes, équilibré par une ligne diagonale bleue plus épaisse ; dans la partie supérieure, des détritus et des lumières artificielles animent la surface et équilibrent l’ensemble.
Ailleurs, sur le thème des «trottoirs et friches», comme dans Still Life (2003), le peintre oppose la normalité orthogonale de la ville et la liberté formelle de la nature qui réinvestit l’espace urbain. La trivialité de certaines œuvres comme Advertising (2005), vue d’une rue tapissée d’affiches, ou Station Odéon (2000), est contrebalancée par l’exigence d’une composition strictement géométrique, répondant avec la plus grande rigueur aux lois de la perspective.

Explorant comme terrains de prédilection les rues de Paris et de New York, Marc Goldstain, après avoir peint des vues urbaines dans une manière proche de celle des impressionnistes, se confrontant au rendu du climat et de l’atmosphère, s’est tourné récemment vers une étude plus stricte de la géométrie de la ville, visible dans certains motifs comme les sièges de métro, dont la répétition fait forme, ou dans la stricte ordonnance des quais de gare (Dead Line, 2007).

La série de vues de vitrines encombrées de mannequins nus prolonge la vision anti-naturaliste, aseptisée et déshumanisée de la ville : dans Heaven or Hell (2005), les chairs fausses sont rendues d’une manière presque cézannienne, tandis que le vis-à-vis entre ces corps nus, mais «désérotisés», et les sacs poubelles, jonchant le trottoir de l’autre côté de la vitre, illustre cette distance affirmée par le peintre entre lui et son modèle.

Marc Goldstain
Advertising, 2004-2006. Huile sur toile. 114 x 146 cm.
New Age, 2003. Huile sur toile. 97 x 130 cm.
City Game, 2006. Huile sur toile. 130 x 197 cm.
Heaven or Hell, 2006. Huile sur toile. 97 x 130 cm.
Game Over, 2006. Huile sur toile. 130 x 197 cm.

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