PHOTO

City Blues

PNatalia Grigorieva
@12 Jan 2008

Pour sa première exposition, Arthur Schalit présente des toiles qui laissent le spectateur sur sa faim et contrarient plus qu’elles n’émeuvent. Ce qui ne les empêche pas de laisser deviner un potentiel qui attend d’être exploité à sa juste valeur.

Arthur Schalit décrit son travail mieux que quiconque: «Je peins des mots, des flaques, des bites, des coups de pinceau, des corps, des têtes, des dégradés, des lumières fluo, des clairs-obscurs, des objets mous, des avions, des palmiers, des coulures et des éclaboussures, des machins et des trucs, tous ces bidules apparaissent sur la toile, ils me sourient. Dans tout ce fatras, les corps remontent, quelque chose apparaît, j’y reconnais ma propre altérité».

Voilà comment résumer avec brio et en quelques lignes le chaos qui règne sur les toiles de l’artiste. Il y a là, sur fond de métropole et de ses gratte-ciel, une accumulation d’objets divers, de membres humains, de lettres qui forment le nom d’Arthur Schalit et des insultes, de super-héros de bandes dessinées.
Le tout laisse une impression de grand désordre indescriptible. A peine aborde-t-on les couleurs, que l’on se sent dépassé: criardes, saturées et lourdes, il n’y en a pas une pour s’effacer et laisser respirer l’autre. Toutes essaient de se faire remarquer, de se mettre en avant au détriment des autres.
Il en résulte quelque chose d’anarchique et de visuellement déstabilisant. Quant aux formes, elles s’empilent les unes par dessus les autres sans réel souci de profondeur de champ. Peinant à interagir, elles sont à l’origine d’un déséquilibre qui donne l’impression d’une toile trop chargée et étouffante. L’accumulation de «trucs» et de «machins» embrouille considérablement le spectateur qui éprouve de la difficulté à y discerner un quelconque propos et se demande même s’il y en a un.

L’unique tableau portant un titre, Who’s Still Afraid of Red, Yellow and Blue ? est très certainement un clin d’œil à la série «Who’s Afraid of Red, Yellow and Blue?» commencée en 1966 par Barnett Newman, et se caractérisant par l’emploi unique de couleurs primaires. Mais il n’est rien de moins évident que de saisir la pertinence de ce clin d’œil.
La peinture d’Arthur Schalit représente, sur fond doré de vitres d’un building, une forme molle qui, par son aspect et ses couleurs (rouge et bleu), évoque un superman fondu… Serait-ce un hommage improbable à l’expressionnisme abstrait? Ou une mise à mort des recherches de Newmann sur le dépouillement et de ses « zips » austères ?

Certes, il est entendu que l’art compte parmi ses qualités une formidable capacité d’adaptation aux interprétations du public. On évitera donc de décréter bêtement que l’on ne comprend rien à ce que l’artiste a voulu dire et on essayera de voir ce que l’on veut.
Mais on a beau solliciter l’imagination, il reste toujours une faille, une incohérence. On est insatisfait des interprétations que l’on trouve, car chacune semble soit incomplète et maladroite, soit totalement tirée par les cheveux. Le fil conducteur se rompt et nous échappe.

Il est entendu que l’art ne nécessite pas forcément la compréhension, on peut se contenter de le ressentir, de se livrer à une expérience au cœur même de la peinture. Mais là encore, il ne se passe pas grand chose de remarquable. Certes, certaines toiles génèrent un certain effroi, d’autres un vague malaise. Mais le voyage sensoriel n’est jamais très long et laisse sur sa faim.

Pourtant, on sent bien qu’Arthur Schalit s’applique. Beaucoup. Un peu trop. En considérant les replis de peau d’une figure mi-squelette, mi-cadavre ou les doigts d’un homme qui ne manque pas de rappeler des personnages partiellement fondus de Salvador Dalí, on imagine le peintre penché sur la toile, s’évertuant à peindre les détails, se demandant quel genre de «machin» il pourrait encore représenter.
Il en résulte une rigidité quasi-scolaire, un style quelque peu chancelant. C’est approximatif et rappelle plus des exercices imposés que l’expression d’une vision personnelle, notamment en ce qui concerne la représentation des immeubles. On souhaiterait que l’artiste lâche la bride à sa peinture pour que celle-ci s’organise d’elle-même autour d’un axe, révèle enfin son potentiel, déverse sa charge émotionnelle latente et emporte aussi bien l’artiste que le spectateur.

English translation : Margot Ross
Traducciòn española : Santiago Borja

Arthur Schalit :
Sans titre, 2006. 180 x 180 cm.
Who is Afraid of Red, Yellow and Blue ?, n.d. Acrylique sur toile. 180 x 180 cm.
Sans titre, 2006. Acrylique sur toile. 320 x 226 cm.
Sans titre, 2005. Acrylique et technique mixte. 180 x 180 cm.
Sans titre, 2005. Acrylique sur toile. 180 x 180 cm.

AUTRES EVENEMENTS PHOTO