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Christoph Weber

On entre. Les pavés.
Dispersés dans la première salle de la galerie Jocelyn Wolff, trois amas de pavés en papier mâché nous font face. Fragiles, bruts, pesants et légers à la fois. Il s’est passé quelque chose ici…
Dans notre dos, dans un recoin de la salle, une porte violemment fracturée en son centre. A travers la fente béante, on peut apercevoir une autre salle contiguë, composée de six portes, même fracture répétée. Ici aussi, il s’est passé quelque chose.
 
Les histoires se répètent mais ne se ressemblent pas. Dans la première installation, Sans titre (Ramponeau), créée in situ pour la galerie Jocelyn Wolff, Christoph Weber exploite le motif de la répétition, jusqu’à l’épuisement.
Le pavé, fragment et symbole de la barricade de la Commune, qui s’est tenue en 1871 à quelques rues de la galerie, rue Ramponeau, semble vidé de son sens. La fente laissée par le moulage en papier mâché le montre bien, ces pavés sont vides, légers, inoffensifs. Le symbole n’a pas de poids, il est ici référent, pièces à conviction d’un événement historique.

Étrange métaphore de ce pavé qui sert à construire, ou à se révolter, symbole de la solidité mais aussi de la ruine. Le paradoxe s’accentue, quand le matériau lui-même apporte son anachronisme, le papier mâché est réalisé avec des extraits de journaux antérieurs et simultanés à l’événement.
De ces contradictions naissent un étrange sentiment de flottement et de tension, il ne reste que des indices de scènes passées, des référents vidés de leur contenu, des souvenirs.
 
Et le souvenir peut s’avérer plus important encore que le fait qui l’a provoqué. Dans la seconde installation, Trauma, tout commence par une porte fracturée. Nous sommes tour à tour l’agresseur, placé du côté du geste, de cette fente arrachée qui s’ouvre sur un autre espace. Puis, en contournant la salle, nous voici agressés, ou plutôt, voici ce qu’il reste de l’agression : le traumatisme.
Six portes identiques, moulées sur la première, comme des résonances récurrentes, un écho dont il est impossible de se débarrasser, une douleur devenue un symptôme.

Dans la première, comme dans la seconde installation, le motif de l’empreinte, de la trace, reste un leitmotiv souvent exploité dans le travail de Christoph Weber. Ici, dans le lieu singulier de la galerie Jocelyn Wolff, la résonance est d’autant plus forte que cet espace porte des traces et fragments d’histoire. Les piliers en pierre côtoient les poutres métalliques. Christoph Weber interroge la temporalité et l’effet, dans ce temps donné, de ce que l’on pourrait nommer des faits divers, révolte ou agression.  Des actes collectifs ou traumatismes personnels, ici représentés sous la forme du référent et de la répétition.

A l’image des installations de Christian Boltanski, utilisant également ce processus d’accumulation d’un même symbole, l’atmosphère est pesante, oppressante avec plus ou moins d’intensité. Dans la première salle, la violence n’est que latente. La dispersion des pavés, leur matériau fragile, le seul bruit des néons blanc qui calfeutrent l’espace, mais aussi cette recherche qui tend à signifier l’immatériel,  nous ramènent aux installations des artistes de l’Arte Povera.

Dans la première salle, la révolte est passée, il ne reste que l’éparpillement de ce qui a servi à se révolter. Après la bataille.
Dans la seconde en revanche, l’immédiateté du geste, la violence du coup, surprend et agresse. Les morceaux de portes, protubérants, ressortent vers le spectateur comme autant  de signes de l’agression mais aussi de plaies béantes, incisions du support qui n’est pas sans rappeler Fontana.
Les deux installations s’opposent et se répondent à la fois, interrogant tour à tour la mémoire individuelle et collective.

Christoph Weber questionne le sens de l’histoire et sa temporalité, éternel recommencement ou  avancée… une réponse s’esquisse entre les murs  de la galerie Jocelyn Wolff.

Christoph Weber
Trauma, 2008. Installation, sept portes, bois et résine.
Sans titre (Ramponeau). Installation, pavés en papier mâché (journaux).