ART | CRITIQUE

Christoph Draeger

PCécilia Becanovic
@12 Jan 2008

Une installation vidéo où plusieurs niveaux de réalité se mêlent provoquant une impression de confusion entre réalité et fiction. Chaque spectateur est placé dans un rôle de témoin, ou d’enquêteur prêt à relever les indices du meurtre...

Le travail de l’artiste suisse Christoph Draeger est entièrement consacré au thème de la catastrophe. Après avoir réalisé, en 1993, de grandes photographies de maquettes de villes détruites, Christoph Draeger s’est intéressé à des images de catastrophes naturelles, d’accidents ou d’actes terroristes.

Pour sa première exposition à la galerie Anne de Villepoix, il nous conduit sur les lieux d’un hold-up fictionnel. L’installation, par sa mise en scène, communique au spectateur un fort sentiment d’insécurité. Les contours d’un corps dessinés à la craie, des produits pharmaceutiques répandus sur le sol, des moniteurs de surveillance, etc., évoquent l’événement dramatique et son issue tragique.

Au fond de la pièce est projetée une vidéo intitulée Tueur né (Natural Born Killer), réalisée en 2000-2003 à partir d’extraits du film d’Oliver Stone et d’un remake de ce film. De ce chaos émergent des sons et des dialogues qui relatent la virée meurtrière de deux « tourtereaux » ayant commis quarante meurtres en trois semaines.

Plusieurs niveaux de réalité se mêlent et provoquent une impression de confusion entre l’original et sa copie, entre réalité et fiction.
L’artiste combine la deuxième et la troisième dimension et si les images introduisent une distanciation, l’installation, au contraire, implique plus directement le spectateur. On est ainsi placé dans le rôle du témoin, ou celui de l’enquêteur prêt à relever les indices du meurtre.

La parodie comme instrument de réflexion sur la réalité, Christoph Draeger l’a aussi utilisée dans une vidéo présentée à l’exposition « Mursollaici » du Centre culturel suisse de Paris.
Dans la vidéo The Last News, réalisée après les attentats du 11 septembre, on voit un reporter vedette du journal télévisé confronté en direct à des actes terroristes. La riposte du Gouvernement américain provoque une série de réactions en chaîne qui aboutissent inéluctablement à la destruction totale du monde. Cette satire des masses média permet à l’artiste d’énoncer l’idée selon laquelle c’est en voulant contrôler sa propre destruction qu’on la précipite de façon certaine.

Christoph Draeger
Tueur né (Natural Born Killer), 2000-2003. Installation vidéo : 2 DVD en boucle, 2 moniteurs de surveillance, étagères, médicaments. Dimensions variables.