DANSE | SPECTACLE

Paris l’été | D’après une histoire vraie

31 Juil - 03 Août 2019

À travers sa pièce D'après une histoire vraie, le chorégraphe Christian Rizzo remonte le fil d'une intense émotion chorégraphique. Mais plutôt que de rejouer le même souvenir (ou presque), il compose une œuvre attentive à comprendre ce qui fait l'actif de l'empathie, en danse.

Chorégraphe affilié à la non-danse, ce mouvement qui aura irrigué la danse contemporaine française au tournant des années 1990-2000, Christian Rizzo a un parcours ouvert. Groupe de rock, marque de vêtements, arts plastiques, installations et performances… Autant de cordes à son arc tendu, en fin de compte, vers la chorégraphie. Aujourd’hui directeur (depuis 2015) de l’Institut Chorégraphique International – Centre chorégraphique national de Montpellier (ICI-CCN), Christian Rizzo a plus d’une quarantaine de pièces à son actif. Mais de son background pluridisciplinaire il garde une approche globale du phénomène esthétique. Dans sa pièce D’après une histoire vraie (2013), c’est un souvenir d’émotion chorégraphique qui offre ainsi sa trame au spectacle. En 2004 à Istanbul, tandis que Christian Rizzo assiste à un spectacle, surgit un groupe d’hommes à quelques minutes de la fin. Un groupe qui exécute alors une brève danse folklorique, avant de disparaître aussitôt. Laissant Christian Rizzo bouleversé.

D’après une histoire vraie de Christian Rizzo : le trajet d’une émotion chorégraphique

Pièce pour huit danseurs et deux batteurs, D’après une histoire vraie ne cherche pas à reconstruire ce fragment chorégraphique. Bien plutôt s’agit-il de comprendre pourquoi et comment un tel bouleversement. Ce qui a pu, par la danse, susciter une telle sensation d’empathie. Sur scène, ce sont ainsi les deux musiciens Didier Ambact et King Q4 qui accompagnent en live la performance des huit interprètes. À savoir Fabien Almakiewicz, Yaïr Barelli, Massimo Fusco, Miguel Garcia Llorens, Pep Garrigues, Kerem Gelebek, Filipe Lourenço et Roberto Martínez. Entre accents folkloriques et danse contemporaine, la pulsation des percussions génère de l’unisson. De cette énergie qui va puiser au fond du ventre sa danse physique, aussi virevoltante que terrienne. Scène dépouillée, cheveux longs et vêtements sombres et sobres, ordinaires : les huit hommes se livrent tantôt à des soli, tantôt à des danses collectives.

Entre danses populaire et contemporaine : un voyage aux sources de l’empathie

Comme un paysage défilant à toute allure, se laissent deviner des fragments de danses traditionnelles. Quelque chose des derviches tourneurs, peut-être. Ou de sirtaki. Mais ces accents, ces intonations ou inflexions chorégraphiques, se mêlent aussitôt à la danse contemporaine. Celle de Christian Rizzo, sensible au toucher et aux points d’appui que permet le groupe. Une danse vacillante, en lisière de chute ; une danse pointue dans son observation des structures et agencements permettant l’équilibre. Chorégraphe attentif à tout ce qui permet l’émotion chorégraphique (lumières, décors, vêtements, musiques…), D’après une histoire vraie décortique la chair de la vibration. Et décontextualisant l’ensemble, la pièce rehausse la dimension de transe, et même de battle. En mettant en jeu rythmes tribaux et rock psychédélique, dans un dialogue quasi-primal. Une sorte d’emportement aussi ciselé que communicatif, enveloppé d’une subtile pulsation lumineuse orchestrée par Caty Olive.

À retrouver au Festival Paris l’été, pour clore, par la contagion chorégraphique, la saison danse 2018-2019.