ART | EXPO

Chorégraphies suspendues

21 Fév - 27 Avr 2014
Vernissage le 20 Fév 2014

Cette exposition bouscule les idées reçues sur les rapports entre le Vietnam et la scène internationale, en mettant en lumière le travail de huit artistes vietnamiens contemporains. A travers leurs œuvres, ils dénoncent la conscience historique souvent projetée sur leur pays et tissent un récit polyphonique qui propose d’autres scénarios.

Chorégraphies suspendues

Lena Bùi, Tiffany Chung, Dinh Q Lê, Jun Nguyen-Hatsushiba, Nguyen Huy An, Nguyen Thai Tuan, Nguyen Trinh Thi, The Propeller Group

Le Vietnam est une nation, mais c’est aussi une mémoire, un paysage symbolique marqué par le conflit mondial du XXe siècle le plus souvent porté à l’écran, dans une perspective simplifiée, stéréotypée et constamment réitérée pour apaiser le sentiment de culpabilité entourant ce que les Vietnamiens appellent la «guerre américaine». Le Vietnam est longtemps resté le théâtre d’un ballet mouvementé de la politique mondiale. La population à la fois prudente et ouverte aux autres croit aux possibilités d’un lendemain qui se situe dans l’interstice entre le passé et l’espace du renouveau futur.

Les huit artistes vietnamiens présentés dans «Chorégraphies suspendues» forment une équipe d’archivistes et d’archéologues, qui confrontent les faits historiques aux phénomènes sociaux en rapport avec le contexte de diaspora où ils s’inscrivent intellectuellement et physiquement. Leurs chorégraphies artistiques sont vouées à se répéter constamment dans les interstices des idéologies en faillite, des tissus urbains postindustriels, des hétérotopies et des enjeux de la représentation.

Ces chorégraphies ont trait aux habitudes dans l’œuvre de Lena Bùi et Nguyen Huy An (les comportements individuels et collectifs comme stratégie de survie), au déracinement chez Dinh Q Lê et Jun Nguyen-Hatsushiba (les réfugiés politiques, les documents catalogués, les désenchantés de la religion), à l’absence chez Nguyen Thai Tuan et Nguyen Trinh Thi (la trace enregistrée de ce qui a existé ou de ce qui s’est produit), et aux causalités chez Tiffany Chung et les membres du Propeller Group (les conséquences directes et indirectes).

Les chorégraphies présentées dans l’exposition servent à interroger méthodiquement les dispositifs de régulation sociale présumés, des archives jusqu’aux loisirs et à l’érection de monuments, en passant par l’ethnographie, la psychologie et le comportementalisme, pour ne citer qu’eux. Ces artistes élaborent une esthétique élaborée qui s’adapte aux supports les plus répandues internationalement: cinéma, vidéo, peinture, sculpture et performance. Leurs œuvres puisent leur force et leur légitimité dans l’examen attentif des interstices, des marges quasi impalpables de la mémoire devenues insaisissables faute de relais visuels dans l’actualité.

Commissariat
Zoe Butt, Jean-Marc Prévost