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Childe

Ceux qui ont eu la chance d’assister à une représentation de Como salir a buscar una estrella con las dos manos ocupadas, la précédente pièce de Jesus Sevari dont un extrait a été présenté cette année au festival June Events, se souviennent d’une atmosphère surréaliste mêlant magie et rock’n roll, habile à dévoiler l’identité multiple des quatre interprètes. Des images fortes qui empruntaient autant aux corps qu’aux objets inanimés, au texte qu’à la fragile présence d’une quarantaine d’escargots ou à la virtuosité d’un corps tendu par l’écoute et l’écriture.

Childe, soit «destiné à être chevalier» en anglais du moyen-âge, explore d’autres contrées. Bien qu’il s’agisse encore ici de fouiller les couches sédimentées qui construisent une identité, le rapport entre les pérégrinations de Berlioz dans les Abruzzes, le voyage du chevalier du poème de Lord Byron et la quête de la danseuse chilienne est à peine suggéré. En revanche, elle investit les moindres reliefs et répits de la composition pour offrir une danse d’une grande précision technique.

Pour dire cette symphonie de 1834 qui dépeint littéralement la nature, sa force et ses douceurs, Jesus Sevari a choisi un mouvement virtuose, capable d’une multitude de détails précieux comme d’explosions d’énergie et de force. Dans des postures classiques, elle sait ajouter une cassure d’articulation, une expression ou un souffle qui donne une coloration baroque à l’ensemble. L’œil s’attarde sur une magnifique poupée cassée avant un grand plié ou sur un visage agité par les passions, se perd dans un jeu d’équilibre sur des appuis improbables. D’une maîtrise vertigineuse, la danse de Jesus Sevari est chargée de références et pourtant libre de tout carcan. Elle expose une féminité forte ou mutine, une capacité à incarner la nymphe comme le gnome.

Appuyée par la scénographie de Yann Le Bras, constituée d’une sculpture stalagmite qui évoque le travail de la série des pères de Louise Bourgeois et d’une animation qui renverse bouches et regards, la chorégraphie donne littéralement à voir la musique et attache les uns aux autres attitudes classiques, fragments de mouvement et lignes géométriques. Une danse pure qui porte un corps puissant et délicat, une personnalité qui ne dissimule pas.

— Chorégraphie et interprétation: Jesus Sevari

— Analyse fonctionnelle du mouvement dansé: Nathalie Schulmann

— Scénographie, création lumière et régie générale: Yann Le Bras
— Costumes: Patricio Luengo