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Chiho Aoshima, MR., Takashi Murakami, Aya Takano

PPierre-Évariste Douaire
@12 Jan 2008

L’avant-scène nippone : Takashi Murakami et ses assistants, chefs de file d’une génération Manga. Des passages entre l’iconographie des arts populaires et des médias qui posent beaucoup de questions à l’art.

Présenté comme chef de file d’une génération Manga qui envahit les cimaises des galeries, Takashi Murakami expose conjointement chez Perrotin et chez Cartier.
Vedette de l’avant-scène nippone, il produit ce que l’on attend de lui : une peinture optant pour la ligne claire, des œuvres colorées et joyeuses nichées dans les recoins de notre enfance. En explorant et réinventant un registre connu et immédiatement identifiable (la bande dessinée), il provoque une gaieté spontanée. L’insouciance, le rappel d’une enfance peuplée de dessins animés croise la route de ces trentenaires qui refusent de grandir et préfèrent se protéger dans leurs chansons d’autrefois. Entre « vintage » et Pop, les acryliques de Takashi Murakami sont des taxinomies d’un monde végétal souriant. Ces fleurs à large banane, ces champignons aux yeux multiples nous plongent dans un monde familier et féérique à la fois.
Pour Posi Mushroom (2002), la toile est recouverte d’une multitude de champignons, pour Flower Cluster (2002), ce sont des fleurs avec de larges sourires qui innondent la toile. C’est justement ces même fleurs, mais dans une version différente, qu’a choisit le magazine Courrier international pour illustrer sa couverture sur le pessimisme écologique.
Héraut d’une nature souriante et bienveillante, Takashi Murakami applique cette même recette dans toute la diversité de ses productions, comme ses structures gonflables (série Dob), ses sculptures, ses peintures. Il est présent depuis plusieurs années sur la scène artistique contemporaine : Paris l’accueillait déjà à l’École des Beaux-Arts (Ensba) pour Donai Dobai (1999) pour célébrer l’avant-scène japonaise; l’année dernière Beaubourg le faisait figurer en bonne place pour « Au-delà du spectacle »; mais cette année, c’est la Fondation Cartier qui lui offre une exposition personnelle intitulée « Vacances d’été ». Takashi Murakami profite de sa notoriété pour faire reconnaître ses assistants, trois d’entre-eux l’accompagnent dans son périple parisien estival.

Aya Takano est peut-être celle qui se démarque le plus avec ses acryliques qui abandonnent l’aspect parfait, sans bavure, du maître pour adopter un ton et un style plus graphique, moins soigné. On gagne un dessin plus spontané au détriment d’une précision presque machinique. Elle utilise indifféremment l’acrylique et l’aquarelle. Son dessin très dilué se marie très bien avec un tracé proche de l’esquisse. Avec cet aspect préparatoire, croqué, ses œuvres, pourtant calquées sur l’imaginaire Manga, présentent un regard personnel et intime sur le monde de l’enfance.

MR. est proche, dans son rendu, de Aya Takano. Une seule toile de l’artiste est présentée, montrant, en contre plongée, les dessous d’une jeune fille en jupe. Chiho Aoshima est par contre totalement tournée vers l’univers sophistiqué et hyper-léché propre à la BD et aux films d’animation futuristes japonais. Les deux photographies qu’elle présente sont des paysages féériques avec des personnages disséminés ça et là, le tout complété par des bulles de bande dessinée.

La popularité de ces artistes, ainsi que le bon acueil dont ils jouissent est mérité autant qu’étonant. Leur cote d’amour semble être aussi élevée que le risque de les voir disparaître. Un art de la facilité se confond-il forcément avec un art consommable ? Qu’en est-il de ces passages entre l’iconographie des arts populaires, des médias, et celui de l’art ? Un changement d’échelle, de grandes dimensions, un nouveau support, suffisent-ils à créer quelque chose de nouveau, de différent ? Ou bien, nous contentons-nous au contraire d’une image reconnaissable, bienveillante ? Sommes-nous « au-delà du spectacle », ou bien totalement envahis par lui ? Sommes-nous encore capables de voir la différence, de la mesurer ? Et si c’est le cas, pouvons-nous nous en satisfaire ?

Aya Takano
A Word, 2002. Acrylique sur toile. 65,20 x 50 x 2,50 cm.
Green Apple, 2002. Acrylique sur toile. 65,20 x 53 x 2,50 cm.
Man/got ya, 2002. Acrylique sur toile. 65,20 x 53 x 2,50 cm.
Weaveing girl of Turkey, 2002. Acrylique sur toile. 65,20 x 53 x 2,50 cm.

Takashi Murakami
Posi Mushroom, 2002. Acrylique sur toile, bois. 100 x 133,50 cm.
Flower cluster, 2002. Acrylique sur toile, bois. Ø 60 cm.
Machikado Kun, 2002. Acrylique sur toile, bois. 100 x 133,50 cm.

MR.
Which is lunch or dinner ? Oh ! Kelp !, 2002. Acrylique sur toile. 150 x 150 cm.

Chiho Aoshima
Zombies in the graveyard, 2001. Photo couleur, Dibond, Diasec, aluminium. 100 x 138,90 cm.
Piercing a Heart, 2001. Photo couleur, Dibond, Diasec, aluminium. 100 x 138,90 cm.