ART

Chase the dragon

PLeïla Elyaakabi
@28 Fév 2011

La galerie Magda Danysz réunit cinq peintres autour d’un thème: la prise de drogue. L’expression «Chase the dragon« désignant l’inhalation des fumées d’héroïne ou d’opium. Transcendance, violence et cynisme sont les trois ingrédients d’une exposition subversive.

L’exposition consacrée à la drogue, puisque «Chase the dragon» désigne l’inhalation des fumées d’héroïne ou d’opium, veut-elle attirer l’attention sur une menace sociale? Ou veut-il la regarder sous un angle surréaliste, André Breton évoquant dans le Manifeste le «stupéfiant image». Les artistes seraient-ils ainsi des dealers plaçant les spectateurs sous l’emprise de produits ébranlant leurs structures de pensées au profit de la transcendance et du rêve.

Les œuvres exposées ne sont pas liées aux mouvements artistiques généralement liés à la drogue — les mouvements hippie, punk, techno, etc. —, mais à la bande dessinée ou au surréalisme. Œuvres parfois cyniques, franchement humoristiques ou macabres, avec pour thèmes récurrents l’enfance, la folie et la violence.

Ce sont les peintures de Kosta Kulundzic qui semblent avoir donné son titre à l’exposition. Sensible au caractère conflictuel et guerrier des religions, il traite le thème de Saint Georges avec dérision, en lui donnant des airs de mercenaire plus que d’icône religieuse. Avec son fusil d’assaut, son attirail militaire, et son expression exagérément survoltée, ce Saint Georges semble sorti d’un film de guerre américain. La série des tableaux décline les stéréotypes du courage et de la virilité, véhiculés dans l’imaginaire et la propagande militaires américains du XXe siècle.

Chez Axel Pahlavi, la violence, la folie, la religion traversent es trois tableaux. Dans un décor futuriste, Saint Michel, androïde stoïque et rayonnant, porte un coup fatal à Satan, vêtu d’un survêtement Adidas.
La Porte immobile représente une vieille femme folle, ou une sorcière, enfermée dans une cellule. Le sourire dément de la vieille, les couleurs vives de la cellule en contraste avec le noir de la porte, et l’apparition en gros plan du visage vu de face reprennent les codes du cinéma fantastique.
Enfin, l’Etude pour une figure assise mêle avec virtuosité le classicisme de la forme figurée et le surréalisme du sujet: le personnage dément, semble achever un repas sanglant, d’une main issue d’un miroir aux multiples perspectives et aux reflets fluorescents.

Jérôme Zonder fait également de la violence et de la folie ses thèmes de prédilection. Les enfants sont victimes et bourreaux de scènes où meurtres, tortures, et pédophilie sont traités de façon sarcastique.
Dans Garance et Baptiste, la petite fille blonde avec sa robe à l’imprimé «petits cœurs» est un personnage sadique, caractéristique du cynisme de cette peinture. L’innocence enfantine est refusée, et insinuée la violence et la perversité de la nature humaine. Les personnages portent des armes; ici et là sont parsemés des membres mutilés. Le dessin imite le gribouillage enfantin, au service de l’expression d’un système primaire et brutal.

Dans les œuvres de Dado, notamment Elodie, un personnage aux couleurs vives est situé quelque part entre le monde de l’enfance et de l’amour, tandis que sa sculpture Ange du Montenegro, qui mélange organes humains et animaux en bronze, relève assurément du fétichisme. Le bras porte un crâne dans un mouvement vertical, avec une sorte de volonté magique, voire satanique.

— Axel Pahlavi, Saint Michel, 2009. Huile sur toile, 250 x 200 cm
— Axel Pahlavi, La Porte immobile, 2008. Huile sur toile, 195 x 130 cm
— Axel Pahlavi, Etude pour une figure assise, 2005-2008. Huile sur toile, 160 x 130 cm.
— Jérôme Zonder, Garance et Baptiste, 2008. Encre de chine, fusain, mine de plomb, acrylique, 200 x 200 cm
— Jérôme Zonder, Sans titre, 2010. Carte à gratter, encre de chine, 40 x 50 cm
— Jérôme Zonder, Pierre-François n’est pas là, 2008. Encre de chine, fusain, mine de plomb, acrylique. 175 x 150 cm.
— Kosta Kulundzic, Dragon, 2010. Huile sur toile. 205 x 205 cm
— Kosta Kulundzic, Saint Georges big problem, 2010. Huile sur toile. 200 x 136 cm
— Kosta Kulundzic, Saint Georges à Yokohama Beach, 2010. Huile sur toile. 97 x 195 cm
— Kosta Kulundzic, Souvenir de chasse, 2010. Huile sur toile. 80 x 80 cm
— Dado, Elodie, 1996. Huile sur bois. 246 x 122 cm
— Dado, Ange du Montenegro, 2007. Bronze soudé et peint. 110 x 60 x 50 cm
— Peter Saul, I am sorry, 1997. Acrylique. 100 x 110 cm

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