ART | EXPO

Chambre d’échos

18 Mar - 05 Juin 2005
Vernissage le 17 Mar 2005

Nourrie par l’architecture baroque, l’histoire coloniale du Brésil, la littérature libertine ou à la musique traditionnelle de son pays, elle fait allusion à ses référence pour mieux les pervertir. Un mur d’azuleros investit le sous-sol de la fondation, des corps fragmentés, évocation des plaisirs sensuels, la traversent. Une interrogation sur l’identité culturelle du Brésil.

Chambre d’échos d’Adriana Varejão

Nourrie de références au baroque, à l’histoire coloniale du Brésil, à la littérature libertine ou à la musique traditionnelle brésilienne, l’œuvre de Adriana Varejão développe une puissance visuelle exceptionnelle. Ses toiles éventrées, ouvertes sur des chairs à vif, ses œuvres inspirées de la tradition portugaise des azulejos créent une tension entre peinture, sculpture et architecture.

Pour la première fois en Europe, la Fondation Cartier pour l’art contemporain présente,une grande exposition personnelle de cette artiste qui s’impose comme l’une des figures les plus singulières de la création brésilienne contemporaine. Le texte du catalogue de l’exposition Adriana Varejão, «Chambre d’échos» sera signé par Philippe Sollers.

Illusion, théâtralité, monumentalité, excès, artifice, allégorie, travestissement… Les œuvres de Adriana Varejão inventent un baroque contemporain. Elles trompent l’œil et les sens. Céramique ou toile peinte? Sculpture ou peinture? Adriana Varejão entraîne le spectateur dans un jeu de références et de substitutions, cite ses sources pour mieux les pervertir. Réalisé spécialement pour l’exposition, «Celacanto provoca Maremoto» (Le cœlacanthe provoque les raz-de-marée) évoque un mur d’azulejos: une vague à la Hokusai, déferlante et monumentale, traverse le rez-de-chaussée de la Fondation Cartier. Arabesques bleutées et convulsives, chaos d’écume organisé, cet ensemble monumental de 52 toiles, dont la surface craquelée suggère la technique chinoise du céladon, crée un rythme syncopé, équivalent visuel de la musique du choro brésilien. Sérielle et modulaire, cette organisation invite à des jeux de permutation et de substitution. Une substitution symbolique qui se retrouve dans les Figura da Convite (Figure d’invitation) de 1997, synthèse subtile d’un genre traditionnel de décoration en céramique peinte, utilisée à l’entrée des palais portugais et brésiliens au XVIIIe siècle, et de gravures de Théodore de Bry (tirées de son anthologie America, 1590-1635) dépeignant des scènes de cannibalisme rencontrées dans le Nouveau Monde. Substitution encore avec Proposta para uma Catequese (Proposition pour une catéchèse), 1993, à la croisée du rituel anthropophage et du miracle de la transsubstantiation, une œuvre qui dit l’hybridité essentielle de la culture brésilienne.

Réminiscence du caractère organique des édifices baroques, les deux «ruines» Linda da Lapa et Linda do Rosário, 2004, découpent la silhouette accidentée de fragments de murs dont les tranches laissent apparaître des lambeaux de chair. Inspirées d’un fait divers –l’effondrement d’un hôtel de rendez-vous au cœur de Rio de Janeiro en 2002– ces œuvres monumentales réalisées pour l’exposition s’inscrivent dans la lignée des Parede com Incisões a la Fontana (Murs incisés à la manière de Fontana), 2002, et de Azulejaria Branca em carne viva (Céramique blanche en chair vive), 2002, dans lesquelles l’artiste interroge la matière même de la peinture. En 1992, Adriana Varejão rompt avec une pratique expressionniste et ouvre ses toiles, les lacère, les éventre, laissant surgir un «au-delà» de la peinture. Derrière la surface, une chair, à la fois symbolique et réaliste, apparaît. Blessure, recousue dans Mapa de Lopo Homen (Carte de Lopo Homen), 1992, elle est présence sensuelle qui fait de la peinture un objet de désir et signale le paysage littéraire de l’artiste, lectrice de Bataille et du Marquis de Sade.

Si le corps – fragmenté, meurtri, tatoué – est souvent présent dans les œuvres de Adriana Varejão, il devient allusion métaphorique dans la série des «saunas», imposantes huiles sur toiles qui explorent les questions inhérentes à la peinture. Bleu, gris, blanc, jaune, les «saunas» sont des quasi-monochromes, nuancés par les ombres et lumières qui font naître les volumes et créent un espace labyrinthique, intériorisé, virtuel. Évocation des lieux de plaisir et de sensualité traditionnellement couverts d’une «peau de carrelag» –bains, hammams, piscines– mais aussi botequims2 cariocas, ces toiles sont pour l’artiste des «moments de peinture pure», une cosa mentale.

En 2003, Adriana Varejão prenait part à l’exposition «Yanomami, l’esprit de la forêt» à la Fondation Cartier. L’exposition «Chambre d’échos» présentée aujourd’hui embrasse les aspects les plus divers du travail de cette artiste, qui par ses thématiques interroge l’identité culturelle du Brésil et offre une des pratiques picturales les plus étonnantes de la scène contemporaine internationale.

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