ART | CRITIQUE

Cependant

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@21 Mai 2012

La sixième exposition de Bernard Quesniaux à la galerie Alain Gutharc est l’occasion de poursuivre le voyage dans l’univers d’un artiste qui ne cesse de questionner la complexité des propositions formelles qui composent son œuvre libérée des schémas de représentations traditionnels, entre abstraction et figuration.

Pour cette sixième exposition personnelle à la galerie Alain Gutharc, l’artiste français Bernard Quesniaux continue de proposer un univers à la fois complexe et décalé. Il s’inscrit en ce sens dans la continuité de ses précédentes expositions, «Mais» au Frac Basse-Normandie à Caen en 2010, et «Donc» à la Maison des Arts Georges Pompidou à Cajarc en 2011.

En pénétrant dans la galerie, on est saisi par la plasticité des formes de Bernard Quesniaux ainsi que par ses couleurs, toujours vives et joyeuses.
Tableau de 2, daté de 2010, offre un exemple parfait de ses créations. Un mélange savant de verts, jaunes, rose, blanc et marron colorent les parties laissées vides par la mousse en polyuréthane disposée en étoile. Le matériau donne toute sa dimension à la toile et sa forme ludique contribue à la mettre en relief.

Dans la déjà célèbre Question du socle 2, créée en 2010, les formes d’un personnage fait de fibre de verre, de résine et de laque, se déploient dans l’espace de manière incongrue. L’œuvre est fixée au mur et le personnage en apesanteur nous contraint, tel que proposé par le titre, à repenser à la fois la statuaire et la question du socle, disposé normalement à même le sol.

Le tableau Les Remplaçants (2011), utilise le même procédé que Tableau de 2. La mousse polyuréthane recouvre en de larges bandes inégales la moitié de la surface de la toile, complétée par des bandes de couleurs claires, rappelant celles des jouets pour enfants.

Au sous-sol, comme à l’abri des regards indiscrets, Bernard Quesniaux expose une série «Département des vélos», en hommage au Département des aigles de Marcel Broodthaers, qui mêlait, en 1968, le langage à l’image.
Dans un esprit toujours décalé et absurde, Bernard Quesniaux énonce dans une vidéo des phrases ponctuées par des objets flottant à la surface de l’écran.

Dans l’œuvre monumentale en polystyrène, Chien purement inventé 3 installée dans la salle du fond, Bernard Quesniaux s’emploie à défaire les codes et conventions de l’histoire de l’art, à dépasser les questions à ses yeux épuisées de la figuration et de l’abstraction. Non sans provocation, il propose ainsi des œuvres dites «décoratives», aux limites de l’art, telles que Auto Encadré 2 (créée en 2012) où la mousse polyuréthane entourant la toile peinte lui confère ostensiblement l’aspect d’un objet de décoration.

Dans le sillage du mouvement Support/Surfaces qui, dans les années 70, «démontait totalement la peinture», Bernard Quesniaux entreprend de la «reconstruire» à sa façon. L’épaisseur des traits, les matériaux dits «de constructions», et les couleurs vives bousculent les principes canoniques de la peinture et de la sculpture. Il n’y a pour lui plus lieu de parler d’abstraction ou de figuration puisque ses tableaux sont à la fois «figuratifs mais abstraits ou abstraits et figuratifs».
Par l’humour, il entreprend de reconstruire une histoire de l’art du XXe siècle, avec pour but presque singulier de créer du «beau». Les limites entre la peinture et la sculpture s’estompent au profit de tableaux libérés des codes traditionnels. En «renonçant à faire de l’art», Bernard Quesniaux l’«iconoclaste» parvient par l’absurde à repenser la création picturale et à accréditer la possibilité d’une œuvre à la croisée de l’abstraction et de la figuration.

Œuvres

— Bernard Quesniaux, Tableau de 7, 2012. Mousse polyuréthane et peinture. 150 x 150 cm
— Bernard Quesniaux, Tableau de 2, 2012. Mousse polyuréthane et peinture sur toile. 200 x 200 cm
— Bernard Quesniaux, Tableau de 6 mais noir et blanc, 2012. Techniques mixtes sur toile. 150 x 150 cm
— Bernard Quesniaux, Auto encadré 2, 2012. Mousse polyuréthane et peinture. 27 x 30 cm
— Bernard Quesniaux, La Question du socle, 2010. Fibre de verre, résine, laque. 190 x 110 x 75 cm
— Bernard Quesniaux, Tableau de 4, 2012. Mousse polyuréthane et peinture sur toile. 130 x 200 cm