DANSE | SPECTACLE

Celui qui tombe

28 Déc - 11 Jan 2020

Comment rester debout lorsque le monde s'effondre sous nos pieds ? Tout comme les danseurs du spectacle Celui qui tombe, nous nous faisons tous équilibristes lorsque l'environnement dans lequel nous évoluons devient instable. Pour le chorégraphe Yoann Bourgeois, la solidarité et l'entraide devient alors le seul moyen d'éviter la chute.

Depuis plusieurs années, le travail du chorégraphe Yoann Bourgeois tourne autour de dispositifs qui déséquilibrent les corps. Trampoline, trapèze, culbuto géant : autant d’inspirations issues de sa formation en arts du cirque. Son spectacle Celui qui tombe, créé en 2014, met ainsi les danseurs en position d’équilibristes sur une structure tournante instable — structure que le Centquatre accueillera prochainement en ses murs.

Celui qui tombe : des équilibristes dans un monde instable

Trois femmes et trois hommes, vêtus d’habits de tous les jours, se déplacent normalement sur un grand plateau en bois de 36 m2. Tout à coup, ce dernier se met à tourner sur lui-même, de plus en plus rapidement. Les danseurs sont alors obligés de se mouvoir en fonction de la vitesse du tourne-disque géant sur lequel ils se trouvent : les voici qui ajustent leur posture, qui recherchent un nouvel équilibre, qui courent pour ne pas être emportés par le flot.

Le plateau ne fait d’ailleurs pas que tourner, il se retourne également ! L’instabilité de la structure sous leurs pieds les met ainsi constamment au bord de la chute, parfois même littéralement au bord du précipice, lorsqu’ils doivent s’agripper au plateau pour ne pas tomber. Les cartes de l’équilibre sont ainsi complètement rebattues, donnant lieu à des positions de danse impressionnantes, uniquement permises par l’adaptation du corps à de nouveaux repères spatiaux.

Celui qui tombe fait tomber tout le monde : une réflexion sur la communauté

L’expérimentation technique sur l’équilibre du corps sert, dans Celui qui tombe, un propos sur l’instabilité du monde. Symbole d’une société de plus en plus précaire, la plaque tournante impose son rythme, dicte sa loi de la gravité, force les corps à lutter contre la chute. Une réflexion sur la communauté humaine se développe ainsi à travers les stratégies employées par les six danseurs pour rester debout.

S’ils commencent par entrer en concurrence les uns avec les autres, cherchant à se devancer dans une course effrénée, ils finissent rapidement par s’accrocher à l’épaule de l’un, rattraper le corps vacillant de l’autre. L’entraide apparaît alors comme le moyen le plus efficace pour préserver l’individu et le groupe, littéralement dans le spectacle, mais aussi métaphoriquement dans la vie. Lorsqu’un danseur finit par tomber, tous perdent un allié sur lequel s’appuyer et trébuchent sur les corps au sol.