ART | EXPO

Caverne 2009

23 Oct - 19 Déc 2009
Vernissage le 22 Oct 2009

Huang Yong Ping a insisté sans cesse, et de façon critique, sur l’ambiguïté de la fonction sociale de la culture. S’emparant avec profondeur des formes et des croyances de l’occident et de l’orient, il en montre le potentiel de fascination et de violence.

Huang Yong Ping
Caverne 2009

En Chine déjà, avant son installation définitive en France, puis dans le développement international de son travail, Huang Yong Ping, sans cesse, et de façon critique, a insisté sur l’ambiguïté de la fonction sociale de la culture. S’emparant avec profondeur des formes et des croyances de l’occident et de l’orient, il en montre le potentiel de fascination et de violence. Perturbateur néo-dadaïste radical au début des années 80 en Chine, il a entrepris depuis, avec une même détermination, une puissante remise en cause politique de nos certitudes.

S’emparant cette fois-ci des grands récits qui fondèrent la civilisation occidentale, il en restaure l’efficacité symbolique. L’immémoriale notoriété de ces mythes qu’il revisite vient de ce que leur configuration permet aux hommes d’y projeter des réponses aux grandes énigmes du destin. Mais, que ce soit l’histoire de Noé qui est la source de Arche 2009, ou bien l’allégorie de la caverne d’après la République de Platon qui inspire l’oeuvre exposée en septembre à la galerie Kamel Mennour, ces mythes ne sont en aucun cas des prétextes pour parvenir à une sculpture.

C’est la forme même du texte qui est explorée, triturée avec une obstination qui rappelle les célèbres installations réalisées à l’occasion de l’exposition «Magiciens de la terre» en 1989, ou encore en 1992 pour le Carnegie International de Pittsburgh. Des livres y étaient transformés, broyés jusqu’à devenir une pâte informe, replacés ainsi dans les rayons de la bibliothèque, selon la double nature de la culture, matière morte ou essence de vie contaminante.

L’installation magistrale méditée par l’artiste pour la chapelle de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris a été inspirée par l’incendie de la célèbre maison parisienne Deyrolle spécialisée dans la vente d’objets d’histoire naturelle. Saisi par l’effet de la calcination sur l’aspect des animaux, l’artiste y vit figuré par ce hasard néfaste le vrai travail de la mort. Ce désastre le conduit à concevoir cette immense sculpture qui commente l’histoire de l’arche de Noé décrite dans la Genèse, c’est-à-dire la question du mal, du châtiment divin et de la rédemption au coeur d’un drame cosmique, le déluge.

Posé au milieu des copies et des moulages de quelques-unes des plus célèbres oeuvres du Moyen-Age et de la Renaissance, le grand vaisseau est là, entouré des sommets de la mémoire occidentale. Fidèle à l’histoire biblique, il porte sur ses trois ponts la faune destinée à repeupler la terre. S’en approchant, le regardeur découvrira certains des animaux empaillés, défigurés, comme victimes d’une terrible tragédie. Le mât également, partiellement calciné, suggère que ce microcosme à été soumis à un drame. L’artiste revient ainsi sur une de ses obsessions essentielles, celle de la destruction des sociétés par elles-mêmes, qui fut le sujet de quelques-unes de ses oeuvres comme Théâtre du monde ou Péril jaune dans lesquelles des groupes d’insectes rassemblés dans une cage, dont la forme évoquait les dispositifs carcéraux du classicisme, incapables de cohabiter se dévoraient les uns les autres.

Ici, il s’agit d’un bateau de papier. Comment dire plus littéralement que l’oeuvre se réfère à un livre, mais aussi qu’appartenant au monde de l’enfance, elle est une fable. La géométrie du pliage selon lequel est construit le navire est l’expression de la raison, opposée aux pulsions animales qui nous constituent. L’arche de HYP transporte la vie mais aussi la violence fondamentale de toute organisation sociale. Par ce message pessimiste, l’artiste retourne l’idée même de l’histoire sur laquelle il se fonde. Il disjoint l’alliance entre Dieu et les hommes. Aucune punition céleste n’a frappé l’arche, seule la violence inhérente à la vie collective est à l’origine de la barbarie mise en scène par l’artiste.

Comme le signifie le titre: «Arche 2009», la rumeur tragique de notre présent accompagne ce monument dédié à nos faiblesses. On peut y percevoir l’écho, par exemple de la destruction écologique majeure d’aujourd’hui, qu’autrefois le déluge symbolisa, ou la douleur des boat people, ou encore les conflits interminables qui manifestent notre incapacité à vivre ensemble… Ici donc, comme dans l’allégorie de la caverne de Platon qui décrit l’impossible accès des hommes à la connaissance de la réalité, l’artiste inverse le point de vue des mythes en observant ce que ceux-ci disent de nous-mêmes, plutôt que ce qu’ils suggèrent de nos dieux. Il substitue ainsi aux aspects théologiques de ces récits fondateurs, une anthropologie, une réflexion sur l’homme.

Huang Yong Ping «Caverne 2009» est présentée à la galerie Kamel Mennour du mardi au samedi de 11h à 19h.
«Arche 2009» est présentée à la chapelle des Petits-Augustins de l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts (14, rue Bonaparte 75006 Paris) du mardi au dimanche de 13h à 19h.

critique

Caverne 2009