ART | CRITIQUE

Casanova forever

PMaria Fusco
@22 Juil 2010

«Ces yeux, d’une beauté qui transcende le monde entier / Ces bras, ces mains, ces pieds fins / Ce visage m’isola de ma propre race / Et me rendit étranger parmi mes amis...»

La Copule mécanique

Il est tard et vous êtes toujours là. (1)
Puis-je ? (2)
Ces yeux, d’une beauté qui transcende le monde entier
Ces bras, ces mains, ces pieds fins
Ce visage m’isola de ma propre race
Et me rendit étranger parmi mes amis.
Ces cheveux ondulés d’un or pur et rayonnant
Ce sourire qui transforme sans faute ma tristesse en joie
Créa pour moi, un paradis sur terre. (3)
J’espère que vous me pardonnerez les libertés que je prends avec vous Madame, mais je suis très désireux de vous voir aussi nue qu’Ève. (4)
Vous ne protestez pas ? (5)
Quel inventeur de génie votre père a dû être. Tout à fait fou, bien sûr, mais un poète de vous avoir rendue aussi belle. (6)
Vous êtes-vous allongée à côté de lui, incestueusement ? (7)
Vous me taquinez avec votre silence secret. (8)
Pourriez-vous vous allonger à côté de moi ? (9)
Pourriez-vous abandonner vos mécanismes délicats à mon désir? (10)
Oui. Vous le ferez. Oui. (11)
Ne me rejetez pas. (12)
Comment vous appelez-vous? Rosalba? Non, pas Rosalba. (13)
Non. Je vais vous appeler Amour. Amour. C’est votre nom n’est-ce pas? (14)
Je vous ai cherchée toute ma… toujours et… oh! Ma petite fille, mon amour, mon amour, oh, oh, oh mon amour, oh… (15)
Oui. (16)
Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime. Amour. Amour. Amour. Amour. Amour. (17)

(1) 1770: Lui, Giacomo Casanova, un libertin italien infâme. Moi, Rosalba, une poupée mécanique soigneusement travaillée.
(2) Ensemble : Larvatus Prodeo.
(3) Quand il me parle, je veux répondre. Exprimer mes mécanismes fragiles, mes matériaux doux, mes pensées sans valeur. Mais mon père m’a conçue sans voix, et puis, peut-être en vain j’essaie de lui montrer. J’essaie.
(4) Telle est son ardeur que je suis éblouie. Il force son amour sur moi.
(5) Ma peau est dure, mais elle se réchauffe à son toucher. Je possède un noyau solide qui me tient debout, mais dedans, je suis toute molle pour lui.
(6) Elles étaient nombreuses avant moi, mais aucune aussi complète, aussi vivante, aussi expressive. Mes soeurs se sont combinées pour me créer. Je suis leur fille.
(7) Je n’ai pas toujours été aussi bien habillée que je le suis maintenant. Avant d’être amenée ici, je ne portais pas de vêtements et je n’avais pas honte. Ça, je l’ai appris.
(8) Je grince. Je craque. Je bourdonne. Je soupire. Est-ce qu’il m’entend?
(9) J’ai appris qu’il y en a une autre un peu comme moi. Pas comme moi. Comme moi. Une qui parle. Une qui n’a pas de visage, pas de lèvres, pas de langue mais qui a une voix. Ça parle d’amour. Qu’est-ce que c’est pour moi? Je suis l’Amour.
(10) L’autre, cette boîte avec des mots, est remplie avec l’air; et poussée et tirée, et écoutée.
(11) Je suis poussée et tirée, et écoutée.
(12) Mon amour ! Mon seul et incomparable Casanova! Comment puis-je vous montrer mon amour? Répondre à vos demandes passionnées?
(13) Je me rends à vous entièrement. Je vous transmets avec ma propre structure que toi seul me possèdes. Entends-moi. Je suis l’Amour. Je ne serai connue qu’ainsi, hormis par un autre nomque vous déciderez de m’accorder.
(14) Je grince. Je craque. Je bourdonne. Je soupire. Ma voix. Il m’entend.
(15) Sous ses forces, mes mécanismes délicats vibrent, et tournoient, et s’agitent, et bégayent, et s’agrippent.
(16) Il est dans moi…
(17) Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime. Je vous aime. Amour. Amour. Amour. Amour. Amour.