DANSE

Festival d’Automne | Carrousel

16 Nov - 25 Nov 2019

Le travail du chorégraphe est-il de dresser des corps humains ? La mise en parallèle entre équitation et danse, menée par Vincent Thomasset dans son nouveau spectacle Carroussel, soulève la question. Ses interprètes mi-chevaux, mi-cavaliers, tantôt dresseurs, tantôt dressés, interrogent la complexité des notions de libre-arbitre et d'autorité, notamment dans le processus créatif théâtral comme chorégraphique.

Les dix années d’équitation que Vincent Thomasset a pratiquées durant sa jeunesse ont ultérieurement influencé plusieurs de ses œuvres – que ce soit à travers la figure du moniteur d’équitation dans Sus à la Bibliothèque ! (2011), dans les obstacles équestres qu’intégrait Médail Décor (2014) ou bien dans l’évocation de cet art de la guerre devenu loisir sportif dans sa lecture-performance Galoooooop (2016). L’univers des chevaux occupera une nouvelle fois le devant de la scène dans son nouveau spectacle intitulé Carrousel, mêlant danse, théâtre et littérature, dans le cadre du Festival d’automne.

L’adaptation scénique d’un carrousel équestre                   

Avant d’être un manège pour enfants, un carrousel consiste en un spectacle au cours duquel des chevaux, guidés par leurs cavaliers, effectuent une série de figures en rythme avec de la musique. Le spectacle élaboré par Vincent Thomasset en reprend les codes. La mise en scène imite les manèges équestres en parsemant sur le sol de la salle de théâtre des lettres traditionnellement utilisées pour servir de repères à la réalisation des figures. Les costumes des cinq interprètes rappellent les vêtements des cavaliers.

Quant à la chorégraphie, elle s’inspire à la fois des mouvements du cheval – le déplié de ses pattes lors du galop, par exemple – et des gestes de celui qui le monte – les mains ramenées en avant pour tenir les rennes. Il ne s’agit donc pas d’une simple comparaison entre l’être humain et l’animal, mais bien plutôt d’une réflexion sur le libre-arbitre. Les danseurs apparaissent en effet à chaque instant comme sujet et objet, comme celui qui dirige et celui qui est dirigé, celui qui dresse et celui qui est dressé.

L’art équestre et l’art chorégraphique dans Carrousel : une affaire de dressage ?

La réflexion sur le libre-arbitre se prolonge naturellement en interrogation sur l’autorité et le pouvoir. Elle se décline à l’échelle de l’individu lui-même, scindé en une entité active et l’autre passive, mais aussi à l’échelle du collectif, lorsqu’un groupe obéit à une personne. Sur scène, chacun des interprètes vient à endosser, à un moment du spectacle, le rôle du « dresseur », qui donne les ordres et contrôle les mouvements des autres.

Le problème se pose également de manière méta-théâtrale et méta-chorégraphique, puisqu’il s’agit pour Vincent Thomasset de sonder le rapport entre metteur en scène et interprètes. Dans sa pièce Sus à la Bibliothèque! (2011), il utilisait déjà la figure du moniteur d’équitation pour interroger cette dynamique de pouvoir. Comme l’équitation, la danse serait une forme de dressage des corps vivants. L’enjeu est alors de laisser une place à la liberté individuelle et artistique dans le processus de création, effort ensuite reflété sur scène.