PHOTO | EXPO

Carpe Fucking Diem

12 Nov - 16 Jan 2016
Vernissage le 12 Nov 2015

Vidéos et photographies rythment l'exposition. Les sujets qu’explore Elina Brotherus relèvent essentiellement du paysage ou de l’autoportrait, dans une recherche formelle qui aime se référer aux compositions de l'histoire de l'art, tout en interrogeant l'existence humaine.

Elina Brotherus
Carpe Fucking Diem

L’œuvre filmique et photographique d’Elina Brotherus se compose essentiellement de paysages et d’autoportraits. Ses sujets témoignent à la fois de recherches purement formelles et aiment se référer aux compositions de l’histoire de l’art tout en interrogeant l’existence humaine.

Depuis sa série Landscapes and Escapes (1998-1999), Elina Brotherus traite du désir humain de posséder un territoire en explorant la relation existant entre un individu et l’espace qui l’entoure: «Même si je ne suis pas toujours présente dans mes photos, il est important que je me présente à travers le monde qui m’entoure et à travers le monde qui me constitue». (Elina Brotherus, Helsinki, mai 1999)

Quinze années plus tard, son exposition «Carpe Fucking Diem» reprend le thème de la figure humaine dans la nature, mais cette fois-ci, le sentiment qui s’en dégage est ambivalent. D’abord le titre semble contradictoire: l’allusion à la pensée épicurienne incitant à savourer le présent dans l’idée que le futur est incertain et que tout est appelé à disparaître paraît contrariée.

Vidéos et photographies rythment l’exposition comme des variations. Trois des vidéos sont extraites d’une suite Tango Trousers (2015), produite par le Musée Serlachius à Mantta, Finlande. Elina Brotherus a sollicité la musicienne accordéoniste Maria Kalaniemi afin de créer de nouvelles compositions pour ces courtes pièces filmées à Mantta. La musique est souvent importante dans l’univers d’Elina Brotherus et cet accompagnement musical s’est imposé à elle. Quant aux photographies, elles semblent prolonger les vidéos et vice versa; notre regard glisse d’un médium à l’autre, d’une image furtive et en mouvement, à un moment arrêté.

L’ambiguïté réside aussi dans le sentiment double autour de ces images: l’être humain, parfois en symbiose avec son milieu naturel, à d’autres moments n’appartient plus à celui-ci. Marcello’s Theme (2015, durée 6′ 11 ») est une vidéo énigmatique mettant en scène l’artiste avec un chien dans une forêt ou dans un terrain à l’orée d’une ville, se recueillant près d’un renard mort. Plus tard, on la retrouve à l’intérieur d’une maison, contemplant les forces de la nature derrière une vitre. L’accordéon de Maria Kalaniemi participe à un état de méditation. Chaque partition est marquée par un cadrage différent, un costume différent contrastant avec l’environnement ou au contraire s’y fondant. S’agit-il ici d’un questionnement sur notre identité, renvoyant dos à dos la part d’humanité et d’animalité en chacun de nous?

Dans sa série photographique Landscapes and Escapes, Elina Brotherus disait construire ces grands paysages comme des espace de repos afin d’inviter le spectateur à y entrer. Aujourd’hui, ses images frontales (Camouflage, 2013) nous prennent à témoin, sans détours, ni complaisance.

Elina Brotherus s’intéresse à l’art de la performance dans ses origines, dans les années 60-70. Dans deux des vidéos présentées, Mirror Piece (2015, durée 0’58 ») et Event for the Midnight (2015, durée 1’10 »), elle utilise des instructions d’une artiste japonaise du mouvement Fluxus (Shiomi Mieko, 1963). Les mises en scène de ces petites actions solitaires, la nuit comme le jour, explorent la place de l’homme dans un univers vaste et complexe. Des gestes simples sont rejoués, recadrés pour y trouver un écho presque irréel ou surréaliste. Les images semblent défiler comme un conte à la fois onirique et triste. Le banal devient étrange et le familier presque menaçant.

Le paysage se transforme en une scène de théâtre dans le film Howl (2015, durée 5’19”) tourné en 16 mm avec l’artiste finno-américaine Victoria Schultz. Deux femmes enlèvent leur masque représentant des animaux. L’une est chauve et l’autre se peigne les cheveux, puis promène un chien. Les deux femmes se mettent à danser, la plus jeune a les pieds liés. Elles versent de l’eau, puis une des deux récite le poème Howl d’Allen Ginsberg. Le film reprend la même technique d’écriture, le parataxis, que celle utilisée par le poète en associant des images et fragments qui n’ont pas de relation. Cette œuvre performative rend hommage, dans sa forme et son contenu, à l’esprit subversif du poète. Elle témoigne aussi d’un rapport à la vie, d’une forme de résistance au diktat des conventions.

«Carpe Fucking Diem», est peut-être ce constat parfois amer mais certainement assumé des questionnements sur l’existence humaine et sa capacité à tendre vers quelque chose de meilleur.