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Caméras sauvages

16 Jan - 05 Mar 2016
Vernissage le 16 Jan 2016

Le couple de photographes espagnols Pilar Albajar et Antonio Altarriba exposent à nouveau leurs clichés surréalistes à la galerie Vrais Rêves. Tirés de leurs archives, ils insufflent un humour burlesque à des paysages sans histoires, à l'aide de montages décalés.

Pilar Albajar, Antonio Altarriba
Caméras sauvages

Pilar Albajar est photographe, Antonio Altarriba, scénariste, écrivain et professeur de littérature française. Après la série «Tyrannies» en 2011, ils présentent à la galerie Vrais Rêves des séries un peu plus anciennes restant peu ou pas connues en France.

L’humour étant la meilleure des réactions possibles à cette période trouble, deux travaux complémentaires ont été programmés, «Caméras» (2005) et «Vie sauvage» (2008), d’où le titre «Caméras Sauvages». Leurs formes respectives sont légèrement différentes mais l’esprit, le fond, est le même. Surréaliste, baroque, humoristique comme souvent et toujours pertinent, voire impertinent. Leur approche se situe dans la lignée des artistes suisses Plonk et Replonk pour l’esprit et l’humour mais, nous semble-t-il, avec une culture plus méditerranéenne, politique et contemporaine, tout en poésie.

Antonio Altarriba aborde le comportement de l’Homme dans notre société et bien sûr sa relation bien particulière avec l’appareil photographique. «Nous avons passé l’Histoire à nier l’animalité qui, ne nous déplaise, nous constitue. Plus encore, peut-être, l’Histoire n’a-t-elle été qu’un arrogant entêtement à nous éloigner de nos essences biologiques. Ainsi avons-nous construit notre orgueil comme espèce et notre sentiment de domination sur l’environnement. Il suffit cependant d’observer nos activités quotidiennes pour en distinguer les comportements les plus ataviques. Nous partons au travail comme qui partirait à la chasse, nous nous battons pour le pouvoir et pour la copulation comme tout autre mammifère, nous manifestons des désirs territoriaux, nous nous entretuons pour les meilleures proies… Sous l’emballage aseptique du progrès, la vie continue d’être sauvage. Après tant d’années passées à capter nos traits physiques et nos sentiments les plus profonds, l’appareil photo a pris vie, incorporant notre comportement et finissant même par avoir une âme. De l’autre côté de l’objectif palpite une conscience débordant d’inquiétudes. Au plus profond et obscur de son âme, l’appareil photo guette, planifie, désire et depuis peu, rêve aussi. Nous présentons ici un échantillon de la vie secrète des appareils photo. Comme on pourra le constater, ils ont déjà adopté quelques-unes de nos habitudes, et entretiennent même d’étroites relations avec certains exemplaires de l’espèce humaine. Ce n’est pas parce que nous le regardons avec des poses photogéniques que l’appareil photo est appareil photo. C’est parce que lui, occulte et perfide, nous regarde.»