ART | EXPO

Ça sent le sapin

06 Déc - 20 Jan 2015
Vernissage le 06 Déc 2014

La forêt génère un sentiment double, elle est autant un abri, qu’une prison. Cette dichotomie traverse les œuvres exposées ici. Elle se font écho dans un jeu de correspondances. L’exposition crée un dialogue entre la lumière et l’obscurité, la vie et la mort, l’homme et l’animal, le merveilleux et l’inquiétant, la nature et la culture.

Jean-Michel Alberola, Giulia Andreani, Vincent Bizien, Camille Fischer, Sacha Ketoff, Myriam Mihindou, Maël Nozahic, Arnaud Rochard, Gretel Weyer
Ça sent le sapin

A l’image d’un conte, d’une fable ou encore d’un film aux accents fantastiques, l’exposition mène au creux d’un imaginaire où l’ambiguïté et le trouble règnent en maîtres. La forêt représente une scène commune aux artistes réunis, elle est la trame directrice d’un scénario aux entrées plurielles. Il nous faut pénétrer son épaisseur pour y rencontrer différentes figures et différents univers.

La forêt génère un sentiment double, elle est autant un abri, qu’une prison. Cette dichotomie traverse les œuvres qui se font écho dans un jeu de correspondances où les extrêmes s’attirent et s’entrecroisent. L’exposition crée un dialogue entre la lumière et l’obscurité, la vie et la mort, l’homme et l’animal, le merveilleux et l’inquiétant, la nature et la culture.

Le dessin de Jean-Michel Alberola est le résidu d’une rencontre: en 1963, il voit Vince Taylor à la télévision. Il est immédiatement fasciné par son costume, il serait le cadeau de Noël idéal. Finalement, il n’en sera rien… Le dessin incarne le choc de cette rencontre, un fantasme et une déception.

«Ça sent le sapin» renvoie aussi bien à une imagerie joyeuse liée à Noël qu’au cynisme d’une expression populaire. Tout comme le titre de l’exposition, le dessin de Giulia Andreani comporte une double lecture. Les images sont parfois trompeuses.

L’exposition saisit le moment de vacillement d’un sentiment vers son contraire, du rêve au cauchemar. Une exploration qui se poursuit dans une ambiance nocturne. La peinture de Vincent Bizien évoque l’activité humaine. Les silhouettes fantomatiques des Usines Oubliées témoignent d’un passage violent, du brouhaha industriel vers le silence et la perte. L’Homme laisse place à la nature qui réinvestit la tôle et le béton.

Les encres d’Arnaud Rochard plantent un décor situé entre deux mondes: la ville et la forêt luxuriante. Sur un fleuve, trois figures énigmatiques voguent lentement. Au loin, des immeubles se dressent. Un chien-loup se dresse sur la proue, une première figure humaine semble perdue dans un songe tandis que la seconde, masquée, rame sereinement. Une seconde encre apporte un nouvel angle de vue, deux hommes, également masqués, sont assis sur une branche, ils guettent. Autour, les animaux se font les spectateurs d’une avancée mystérieuse.

La figure animale est également manifeste dans l’œuvre de Sacha Ketoff où les oiseaux en vol semblent comme pétrifiés dans la matière. L’artiste y retient le temps et le mouvement. De même, Gretel Weyer présente des oreilles de lapins en céramique. Elles semblent être les éléments de déguisement que des enfants auraient abandonné.

Aux légendes populaires et aux contes sont superposées les mythologies. L’exposition recèle en effet une dimension spirituelle et syncrétique. Myriam Mihindou fait surgir du coton Le Patron, une figure vaudoue dont le visage est tourné vers le ciel. Il semble à la fois pris dans la matière et s’en extraire. L’artiste suggère ainsi l’apparition et la disparition d’un corps.

Maël Nozahic fait appel à l’Egypte Ancienne, sur le papier Bès s’élève entre des sapins. Le dieu, petit et nu, porte une coiffe représentant un sapin aux contours stylisés. Bès est une figure joyeuse et bienveillante envers les mortels. Une générosité qui transparaît avec une seconde aquarelle où le tronc d’un arbre est surmonté d’une vénus callipyge et dont les branches fourmillent de portraits de la Vierge et du Christ.

Camille Fischer active un processus d’hybridation des sources (religions, culture rock, mythes), ses installations proliférantes attestent d’un imaginaire débridé et impertinent. «Ça sent le sapin», titre polysémique renvoyant une vision absurde, ironique ou cocasse du destin, rassemble les chapitres d’un conte riche d’univers singuliers infiltrés par des influences mystiques, magiques et surnaturelles.

Julie Crenn

Vernissage
Samedi 6 décembre 2014 à 17h