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Brice Dellsperger

PClémentine Aubry
@12 Jan 2008

Le thème du travestissement décliné dans de courtes vidéos en forme de remake de scènes cinématographiques célèbres. L’emprunt porte sur le style, ou plutôt l’ambiance, tandis que les émotions sont celles que l’artiste a éprouvées en découvrant les scènes originales.

Brice Dellsperger propose les opus 16 et 18 de sa série Body Double (2003). Ce sont de courtes vidéos en forme de remake de scènes cinématographiques célèbres de Brian De Palma, dont le film Body Double sert de titre à la série, d’Alfred Hitchcock, de Stanley Kubrick (Orange Mécanique), de Ken Russell (Women in Love) et de David Lynch (Mulholland Drive). Les scènes reposent systématiquement sur le thème du travestissement.

Si le remake emprunte un style ou plutôt une ambiance, l’artiste donne aux scènes une orientation inspirée des émotions qu’il a éprouvées en découvrant la scène originale. Alors que les décors, les costumes et les actions sont réinventés, la bande son originale est, elle, conservée.

Body Double 16 présente deux scènes de lutte inspirées de deux films qui ont en commun d’avoir été censurés: Women in Love, à cause d’une étreinte ambiguë des acteurs; Orange mécanique qui montre des malfrats violents se ranger du côté de l’ordre en devenant policiers. Dans le film de Brice Dellsperger, les deux scènes sont interprétées par un seul acteur, l’artiste Jean-Luc Verna, qui double deux et trois personnages à la fois. Il incarne des travestis abondamment tatoués et fardés, portant costumes et lingeries, mêlant uniformes de police, jupette et bottes à talons hauts qui trahissent l’ambiguïté sexuelle. Au thème de la violence, contenu dans les scènes originales, s’ajoute une réflexion sur la manière de filmer les relations hommes-hommes, et sur l’ambiguïté de leurs relations.

Body Double 18 est directement calqué sur la scène de Mulholland Drive où la blonde lumineuse Naomi Watts tente de parvenir à un orgasme après avoir été abandonnée par son amie. Au côté désespéré et profondément intime de la scène originale, Dellsperger oppose une vision plus ironique, puisque l’actrice est doublée par un défilé de travestis outrageusement fardés, affublés de perruques peroxydées, filmés en gros plan. (Ce sont es élèves de l’École cantonale d’art de Lausanne qui interprètent librement cette scène).

Le filmage et le montage volontairement grossiers relèvent eux-mêmes du travestissement, dans la transformation qu’ils opèrent de la scène initiale, et de son sens. Le résultat est parfois totalement halluciné, sans que la force des scènes en souffre. Le but est de créer des symboliques fortes, et d’engager le spectateur dans la plus grande confusion.

Brice Dellsperger :
Body Double 16, 2003. DVcam transférée sur Betacam numérique. 6 min 24 s.
Body double 18, 2003. DVcam transférée sur Betacam numérique. 3 films de 10 min 17 s.