ART | EXPO

Bourse du talent 2009, l’exposition

15 Déc - 21 Fév 2010
Vernissage le 17 Déc 2009

Les jeunes photographes de la Bourse du Talent 2009 nous racontent des histoires d’aujourd’hui. Leurs sujets sont de vrais récits qui n’attendent pas de traduction. Accrochés aux longues cimaises de l’allée Julien Cain de la BnF, ils deviennent pertinentes, signifiants, voire éloquents.

Communiqué de presse
Aglaé Bory, Claire Cocano, Philippe Conti, Arno Brignon, Franck Glénisson, Clémence de Limburg, Julien Lombardi, Lucie & Simon, Stéphanie de Rougé, Françoise Spiekermeier
Bourse du talent 2009, l’exposition

Les gestes de la photographie
Sait-on vraiment ce qui se passe dans l’esprit du photographe quand il presse le déclencheur ? Moment furtif, mais essentiel d’un engagement personnel promis à une perception publique. Quelle place y a-t-il dans l’enchaînement de l’événement et des prises pour considérer derrière l’épaule la présence du monde, potentiel ou futur spectateur ? Point d’analyse, plutôt l’instinct. Photographier répond au double désir de vivre l’instantané et de voir par procuration. 

Pourtant, rien n’est encore réalisé. Les images qui autrefois surgissaient de la chambre apparaissent aujourd’hui sur les écrans des chambres blanches modernes.

Le vrai travail s’est déplacé ici, dans la hâte d’un choix d’images soumis à la contingence des disques durs trop vite pleins. Le monde a changé, il ne lit plus guère. Pourtant il reste affamé d’histoires et dans l’ordre qu’il donne à ses images, le photographe commence à écrire. 

Les jeunes photographes de la Bourse du Talent 2009 nous racontent ces histoires d’aujourd’hui. Les sujets d’Aglaé Bory, de Claire Cocano, Philippe Conti, Arno Brignon, Franck Glénisson, Clémence de Limburg, Julien Lombardi, Lucie & Simon, Stéphanie de Rougé et Françoise Spiekermeier sont de vrais récits qui n’attendent pas de traduction. Accrochés aux longues cimaises de l’allée Julien Cain de la BnF, ils deviennent pertinentes, signifiants, voire éloquents, comme le dernier acte du parcours inachevé de jeunes artistes pour la première fois confrontés à leur public

— Lauréate Reportage : Clémence de Limburg –
Escape
En quelques images distribuées avec justesse et pudeur, Clémence de Limburg raconte l’existence d’une jeune femme juive partagée entre deux branches de sa famille, l’une libérale vivant à New York, l’autre orthodoxe établie dans la communauté Satmar de Kiryas Joel, au nord de la cité. Au centre de l’écheveau commun à deux mondes aussi étrangers l’un à l’autre, Esther Miriam, la petite fille de Gitty, apprend à connaître le monde parfois absurde des grandes personnes.

— Coup de coeur reportage : Philippe Conti – Fragments
Vue d’ici, une guerre qui s’achève est toujours une bonne nouvelle. Les photographies prises par Philippe Conti dans l’hôtel d’Amman transformé en hôpital par Médecins sans Frontières nous disent que les pages ne se tournent pas si facilement pour ceux qui, en Irak, se sont trouvés sur le chemin d’une bombe, d’un tir de mortier ou à ce moment là sous leur toit. Visages détruits et peu à peu réparés, membres artificiels, rien n’altère la chance de n’être pas mort et les sourires tristes en oublient la colère.



— Lauréats Portrait : Lucie & Simon – Scènes de vie
Imaginerait-on un point de vue plus indiscret que ce regard d’oiseau, à l’aplomb de ces scènes de vies aperçues en tranches et dont les acteurs ne regardent jamais l’objectif ? Ceux qui reviennent d’une expérience de mort imminente ont, dit-on, cette vision de haut, qui donne aux vivants un aspect soudain si étranger et si lointain.
Sans recourir à ce détour extrême, le spectacle monté par Lucie et Simon nous ouvre l’accès à une intimité absolue, exempte des lois communes de la perspective.


— Coup de coeur Portrait : Aglaé Bory – Corrélation
Ne seraient le câble et la poire, symbole immémorial du déclencheur à distance et preuve affirmée de l’autoportrait, la «corrélations» pourrait être un reportage sur le bonheur triste d’une jeune mère célibataire, ou encore une fiction montée sur le principe très contemporain de la série. Dans son décor de banlieue propre et peu riante, «Corrélations» rejoint les oeuvres qui tirent leur force d’un style d’auteur et d’une portée universelle ; elle procède en même temps d’une connivence authentique, celle du jeu de l’enfant mis en scène.

— Lauréate Mode : Claire Cocano – Sweet sixteen
On dirait des photos de mode, cela ressemble aussi à un sujet magazine pour une revue féminine, ou encore à une galerie de portraits en liberté d’adolescentes prêtes à entrer dans tous les jeux. Cette série revient à tâtons sur un âge qui reprend ses mystères sitôt quitté, même si la facétie, l’humour et la tendresse se prêtent volontiers à l’objectif. Nul artifice dans ces photographies prises en plein jour, dans des décors bétonnés mais lisses et privilégiant les couleurs fluo. Une recherche obstinée de la note juste.

— Coup de coeur Mode : Françoise Spiekermeier – Beauties
De ses références illustres, Edward S. Curtis et Irving Penn, Françoise Spiekermeier a conservé la rigueur documentaire et l’aspiration esthétique. Mais, plus qu’un hommage aux maîtres anciens, son travail est une approche originale des derniers peuples autochtones, sur le terrain spécifique de la séduction ou de la sujétion par l’apparence. En ce début de XXIe siècle où la civilisation vient altérer la beauté absolue des jeunes corps de guerriers ou de promises que rehaussent encore parures et stigmates, les photographies de Françoise Spiekermeier s’affichent dans leur éblouissante assomption.


— Coup de coeur Mode : Franck Glénisson –
Beyond my eyes, my muscles’ll survive
Sur l’écran large des films qui nous élèvent du quotidien, le héros mutilé prépare son évasion par la lecture. Sur fond de décor d’une nouvelle Babylone, il finit par s’arracher au confinement de sa demeure et par rompre sa cohabitation avec la tristesse. Reconstruit, le jeune homme surgit de la mer pour vivre le bonheur d’une rencontre et, avant toute chose, la renaissance de son corps de demi-dieu triomphant, enfin rassasié des éléments qu’incendie l’éclat solaire.

— Lauréat Espace : Arno Brignon – Toulouse 31sans
Sans doute n’est-il pas nécessaire d’être éducateur spécialisé pour photographier la banlieue, mais la profondeur d’une longue expérience en cité est certainement le meilleur moyen de s’y introduire sans effraction. Dans leur noir d’encre, leurs perspectives sinistres, leurs clartés nocturnes et leur flou aussi fragile qu’un duvet d’adolescent, ces images du quartier du Mirail à Toulouse recréent une atmosphère intime qui rejette le sordide attendu pour guetter des coïncidences de vrais bonheurs, fugitifs et intenses sur lesquels passe un avion indifférent.

— Mention spéciale Espace : Julien Lombardi – Artefact
Après tant d’autres, Julien Lombardi a fait de la nuit son territoire, non pour en sonder les mystères mais pour son pouvoir d’abstraction. D’un éclair artificiel, il en extrait la chose tapie, érigée, suspendue ou flottante, découpée avec la précision d’un objet précieux sur fond de velours noir. Dès lors, le trivial, l’utile et l’ordinaire promus par le faisceau instantané distribuent leurs objets comme autant d’éléments de décor d’un spectacle fabriqué qui engendre, au carrefour des sens de l’artefact, sa propre esthétique.

— Coup de coeur Espace : Stéphanie de Rougé –
Overground
Les jeunes artistes new yorkais des années 1970 s’épanouissaient dans les lofts de Soho ou de Greenwich Village. A ces espaces de rêve devenus inaccessibles se substituent des parties communes offertes à une nouvelle convivialité : les toits des immeubles de Manhattan, du Queens ou de Brooklyn deviennent des lieux de rencontre, de fêtes ou de culture. Stéphanie de Rougé explore cet «Overground» s’épanouissant à ciel ouvert et loin de l’asphalte. Elle le documente dans l’intimité de ses habitants, acteurs d’une nouvelle marginalité qui loin de provoquer entend prendre ses hauteurs.

Vernissage
Samedi 17 décembre 2009. 19h-21h.