DANSE | SPECTACLE

Bombyx Mori

22 Nov - 23 Nov 2016
Vernissage le 22 Nov 2016

Présenté au Théâtre de la Cité internationale, dans le cadre du programme New Settings #6, « Bombyx Mori », conçu et interprété par la chorégraphe et performeuse polonaise Ola Maciejewska, s’approprie l’histoire de la danse pour nous introduire à une autre manière de penser et vivre notre relation au monde.

Création présentée en 2015 au Festival Les Inaccoutumés de la Ménagerie de Verre, et l’année suivante à Amsterdam, au Rotterdamse Schouwburg et au Het Veem Voor Performance, « Bombyx Mori », rassemble trois danseurs autour de la danseuse américaine Loïe Fuller.

L’origine du mouvement

Le nom scientifique du ver à soie qui donne son titre au spectacle présenté par Ola Maciejewska est aussi une métaphore de l’appropriation et, devrait-on ajouter, de la réappropriation du travail de la danseuse américaine Loïe Fuller (1862-1928).

Pionnière de la danse moderne, les chorégraphies de cette dernière mettent les techniques et technologiques au service d’une danse en rapport direct avec la nature, et suggérant ses divers éléments : fleurs, serpents, ou papillons. Ce pouvoir de suggestion, destiné à rappeler aux spectateurs les liens ancestraux de l’homme à la nature, trouvait son origine dans un dispositif vestimentaire et scénique à la fois.

Loïe Fuller dansait enveloppée dans de longs voiles, auxquels elle imprimait des mouvements à l’aide de baguettes, et était plongée dans une lumière aux teintes changeantes. Elle tenait de la sorte à expérimenter les nombreuses possibilités des effets de lumière et de couleur sur des tissus dont la matière et à la consistance étaient différentes.

« Bombyx Mori » : corps, mouvement et durée

Fidèle en cela à l’inlassable recherche esthétique de sa devancière, Ola Maciejewska porte son attention sur sa conception du mouvement et son rapport à l’objet utilisé sur scène, non plus des voiles mais des robes. L’intérêt du travail de Loïe Fuller consiste en l’attention portée à la modification réciproque de l’objet et du mouvement : comment le mouvement est-il modifié par l’objet, et celui-ci par le mouvement ? Le mouvement s’impulse à partir des objets et la danseuse, selon les mots d’Ola Maciejewska, « agit et se laisse agir par les objets ».

C’est donc une telle perception du mouvement que fait revire « Bombyx Mori » qui tend à effacer la distinction commune entre sujet et objet. Ola Maciejewska pousse le spectateur, une fois la scène dans l’obscurité, à s’interroger sur ce qu’il voit. Qui est premier : la danseuse qui donne son mouvement à la robe ou la robe elle-même ? Ou bien ne voit-on que la confusion des deux éléments ?

Quelle est l’origine du mouvement ? Voilà la question essentielle que pose « Bombyx Mori » au travers des rapports étroits des corps des danseuses, des formes des robes créées par le mouvement et des images qu’elles suscitent, mais aussi de la durée du mouvement, parfois jusqu’à épuisement.