ART | EXPO

Bientôt ici, Attente indéfinie et Soudures sauvages

21 Juin - 14 Sep 2014
Vernissage le 21 Juin 2014

Julien Berthier poursuit sa réflexion sur l’espace urbain dans le cadre de la programmation estivale du centre d’art de Colomiers. Sous la forme d’un parcours, il propose trois interventions éphémères figurant des «bugs» du réel. L’artiste modifie ainsi la perception et les usages des lieux investis et en offre une vision à la fois poétique et surprenante.

Julien Berthier
Bientôt ici, Attente indéfinie et Soudures sauvages

Pour cette 2e édition de sa programmation culturelle estivale, le Centre d’art de Colomiers invite l’artiste Julien Berthier à créer une œuvre au Square Saint-Exupéry.
L’artiste poursuit ainsi sa réflexion sur l’espace public. Parallèlement à l’ouverture du Pavillon Blanc tout l’été, il s’agit pour la ville d’aller à la rencontre du passant ordinaire au cœur de la cité, de faire de l’art une rencontre étonnante et inattendue, une étincelle pour l’imagination.

Si on découvre les œuvres de Julien Berthier comme on trébucherait sur un caillou, on les regarde comme on lirait les pages d’un journal. L’actualité, de l’environnement au travail, du civisme à l’urbanisme, est traitée de manière détournée. Observateur attentif de l’espace public, son travail procède avec humour par accumulation, modification ou greffe.
Avec Le Paradoxe de Robinson, il installait ainsi un palmier monté sur nacelle et remorque, confrontant «la demande d’exotisme» à «l’annexion de fait d’une portion d’espace public pour le privilège d’un seul». Dans l’œuvre La concentration des services, accumulation rassemblant arrêt de bus, horloge, feux et panneaux de signalisation, panneau publicitaire, poubelle, ou encore parking à vélo, il «pousse à son paroxysme la logique de rationalisation inhérente aux politiques urbaines actuelles».

Conceptuel par son passage de l’idée dessinée à l’œuvre, critique par ses sujets, il travaille sur la recherche constante de solutions techniques pour modifier nos habitudes et nos perceptions. Il porte enfin une vision poétique des lieux et des usages de l’espace public tel ses Monstres, un mot qui désigne ces tas d’encombrants qu’il fige en sculpture de bronze.

Pour le dispositif «L’art prend l’air», l’artiste propose de planter le décor d’une histoire dans le pourtour du square Saint-Exupéry et crée un parcours constitué de trois installations figurant des «bugs» du réel. Les objets sont étranges, décalés: il s’agit de surprendre les habitants, de générer un point de rendez-vous éphémère sur l’été en modifiant les usages de l’espace public (paysages, bancs, attente, etc.).

«Ma proposition pour Colomiers est de proposer une modification douce des espaces et de leur usage. Je propose de disposer une série d’interventions qui se répondent pour former une sorte de scénario d’un monde où l’espace-temps aurait légèrement changé, comme au début d’un film de science-fiction où le héros est témoin d’un réel transformé qu’il ne comprend pas encore.

Le panneau Bientôt ici arbore une image du passé (qui potentiellement peut aussi être une image du futur). L’attente indéfinie est un panneau ne renvoyant à rien, nous obligeant à inventer l’objet de l’attente ou à espérer un signe du destin. Les mobiliers urbains au rebut des Soudures sauvages, reviennent se greffer sur le présent (…). En règle générale, mes interventions dans l’espace public sont proches de la stratégie de l’infiltration. Les objets produits sont hyper réalistes, dans le sens où ils prennent les traits du réel. Ce sont des objets familiers, qui ne dénotent pas par leur apparence mais par leur fonctionnement qui opère un léger décalage. Et c’est ce décalage, le fait que le doute se crée sur ce qui est en train de se jouer et non sur la forme de ce qu’on regarde, qui est fondamental.

L’autre aspect important est que je dis rarement que c’est de l’art. Je crois en effet à la rencontre avec les œuvres sans la désignation explicite de ces objets comme relevant de l’art. On négocie différemment les situations que l’on rencontre suivant qu’on les catalogue ou non. En ce sens, je revendique la dissémination des pièces comme condition de cette rencontre, créant un parcours entre le Pavillon Blanc et le square Saint-Exupéry, en direction de la piscine.» Julien Berthier