PHOTO | EXPO

Bettina Rheims

28 Jan - 27 Mar 2016
Vernissage le 28 Jan 2016

La féminité questionnée et magnifiée est le fil rouge de cet itinéraire à travers quarante ans de photographie de Bettina Rheims. Le parcours se déploie sur trois étages, ménageant des effets de surprise et des mises en parallèle inattendues entre les 180 images présentées.

Bettina Rheims
Bettina Rheims

Bettina Rheims présente un itinéraire à travers quarante ans de photographie. Des premières images aux travaux personnels les plus récents, l’exposition, pensée comme un cheminement, mêle les séries légendaires, les photographies iconiques de Bettina Rheims et certains travaux plus confidentiels ou qui n’ont encore jamais été montrés en France.

Ni thématique ni chronologique, ce parcours sensible s’attache à mettre lumière les obsessions de Bettina Rheims autour de son sujet de prédilection: la femme, dans tous ses états. La féminité, questionnée, exposée, magnifiée est le fil rouge qui parcourt les trois étages de la Maison Européenne de la Photographie, ménageant des effets de surprise et des mises en parallèle inattendues entre les 180 images présentées.

Entraînant d’emblée le visiteur au milieu des personnages qui peuplent l’œuvre de Bettina Rheims, la première salle de l’exposition en est une véritable introduction visuelle. Devant ces premiers tirages, monumentaux, intimidants ou émouvants, troublants ou fascinants, le visiteur est confronté, dans un face-à-face grandeur nature, aux codes de la féminité et plus largement à la question de l’identité. Car l’œil de Bettina Rheims embrasse les transgressions et abolit les conventions pour révéler l’intimité la plus profonde et la plus universelle.

Au 2e étage, le vistiteur découvre comment Bettina Rheims s’est approprié les codes de la photographie de nu pour les détourner et placer la question de la féminité au cœur de sa pratique. Avec les séries Chambre Close (1990-1992), Pourquoi m’as-tu abandonnée (1994-2002), et Bonkers! (2014), elle met en danger autant qu’elle sublime la beauté de ces femmes. Les images sont troublantes, par ce qu’elles dégagent d’érotisme et de mystère, de dévoilement et d’abandon. Ces femmes mises à nu, vacillantes ou triomphantes, sont intimidantes et bousculent le spectateur.

Au-delà de la question de la féminité, Bettina Rheims a également exploré la question du genre, repoussant les codes de la représentation avec sa série Modern Lovers (1990), présentée ici conjointement avec son pendant le plus récent, Gender Studies (2011) et la série des Espionnes (1992). Et parce que le lien avec ses modèles ne s’arrête pas à la prise de vue, c’est la voix de ces jeunes gens, venus du monde entier pour être photographiés par elle, qui résonne dans l’un des espaces d’exposition, où la projection du film Gender Studies invite le visiteur à se confronter à l’altérité.

Il s’agit toujours d’une mise à nu, des corps mais aussi des sentiments profonds de ces êtres qui se révèlent dans un entre-deux équivoque. Cet intérêt pour l’équivoque et le jeu des contraires transparaît également dans la série Shanghai (2002) dont une partie est volontairement présentée en regard des photographies d’androgynes et de transsexuels. De nouveau ce sont les femmes qui sont au centre de ce travail, dans leur rapport à la friction entre tradition et modernité. Photographiant des situations inattendues, Bettina Rheims les montre partagées entre la culture avec laquelle elles ont grandi et une modernité fantasmée, avançant sur un fil tendu entre deux mondes.

Portraitiste brillante, Bettina Rheims a su imposer dans l’imaginaire collectif les visages des personnages qui peuplent son monde. Ses héroïnes, les femmes anonymes ou célèbres passées devant son objectif, sont photographiées de la même manière, avec la même bienveillance, comme tend à le montrer la scénographie de l’exposition, qui présente au 3e étage, en regard, les portraits des idoles de la musique des années 2000 et ceux des femmes détenues dans les prisons françaises, sa toute dernière série.

Bettina Rheims est avant tout une faiseuse d’images, qui défend dans son approche éminemment contemporaine de la photographie une tradition picturale séculaire. La plupart des photographies de Bettina Rheims témoignent de cet héritage et de ce lien avec la peinture, par un travail sur la composition et la narration notamment. Ces images sont construites pour raconter une histoire, que ce soit celle du Christ dans la série I.N.R.I. (2000) ou encore celle de ces Héroïnes (2005), mystérieuses allégories de la mélancolie, série qui marque, pour Bettina Rheims, un retour à la tradition de la chambre photographique.