ART | EXPO

Bernhard Rüdiger

06 Mai - 03 Juil 2015
Vernissage le 05 Mai 2015

Oscillant entre sculpture, action et architecture, les œuvres de Bernhard Rüdiger questionnent les fondements de la notion de forme et son rapport à la société et à l’histoire contemporaine. Elles invitent le visiteur à faire l’expérience d’une perception active et personnelle en le plaçant au centre d’un espace et d’une temporalité qui lui sont étrangères.

Bernhard Rüdiger
Bernhard Rüdiger

À l’occasion des expositions qui lui sont consacrées à Montpellier par l’École supérieure des beaux-arts de Montpellier Méditerranée Métropole, le Fonds régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon et la galerie Aperto, Bernhard Rüdiger fait état d’un travail en cours. Il donne à voir un ensemble d’œuvres que l’on pourrait aborder de manière rétrospective mais, plutôt qu’un catalogue de son art, l’artiste nous invite dans une bibliothèque où seraient déposés des objets au statut proche de celui des livres: des objets qui produisent du sens, plaçant le spectateur face à une histoire passée ou en cours, voire même, de manière plus inattendue, à venir.

Trois phases, trois lieux, trois propositions distinctes d’une même pensée qui ne cesse d’indiquer l’étendue de l’art, ce domaine sans limites temporelle ou spatiale, dans lequel l’invention formelle oblige à des allers retours incessants. Cette approche de l’art est celle d’un artiste italien dont les paradigmes culturels se sont élaborés à partir de la fréquentation dans les cités, dans les jardins, dans les campagnes, de l’art mais aussi de l’architecture, de la mode ou du design. Il suffit de regarder l’art italien, de se promener dans les villes, pour comprendre cette notion particulière de la «fréquentation» qu’il implique, quelle chance!

Pour Bernhard Rüdiger, travailler c’est promener son regard et, avec lui, des réflexions aussi intimes que politiques, des rêveries de la volonté, dans un espace partagé avec le public. Cette promenade se poursuit au fil de son propre imaginaire poétique, mais grâce aussi aux constructions d’un imaginaire plus collectif: celui de Pinocchio (au Frac) à côté de Da Vinci et de ses machines; celui, peut-être, de la rupture du modernisme marquée par le Futurisme (la présence d’Umberto Boccioni, la radicalité de Piero Manzoni ou de Lucio Fontana), ou plus récemment encore celui forgé par des artistes importants comme Ulrich Rückriem, Thomas Schütte. Enfin, dans les travaux plus récents, il faut indiquer la rencontre de la musique contemporaine, à partir des œuvres de Giacinto Scelsi ou de Karlheinz Stockhausen, deux compositeurs qui renvoient à la culture italienne et aux racines allemandes de Bernhard Rüdiger.

L’architecture, comme forme réunissant tous les autres arts, fut un moteur puissant de l’invention à la Renaissance (la ville naît du crayon d’artistes qui ne sont pas encore des architectes); elle rationalisait ce qui s’étendait de façon éparse, la ligne étant au service d’un dessein politique, dans une conscience nouvelle que partageaient des artistes lettrés, chercheurs et fins politiques, avec les puissants qui gouvernaient alors. Bernhard Rüdiger se saisit de cette culture pour installer au Frac et à l’École des sculptures ouvrant différentes perspectives, qu’elles soient sociologiques ou ontologiques. C’est le désir d’humanité qui crée chez lui une sculpture éloquente, tendue entre rigueur et gravité, mais toujours sonnante.

Ainsi, à l’École, terrain de prédilection des expériences partagées, un travail de compagnonnage avec des étudiants lui a permis de poursuivre ce rêve aérien qui le préoccupe depuis longtemps, et qui s’incarne année après année dans des pièces de plein vent, sonores et éoliennes. Le temps d’une série de workshops, l’artiste est devenu un «maître» d’atelier, reprenant cette tradition de la transmission par la relation à la maitrise technique qui s’offre comme liberté au cœur des contraintes.
De cette aventure artistique est née une œuvre étrange en bois cintrés, aboutissement d’une complicité qui a conduit l’artiste à partager, à la galerie Aperto, sa signature avec ses jeunes assistants. Ils sont sept qui se sont émancipé ainsi de leur «statut d’étudiant», dans la réalisation d’une installation commune, conçue à partir des modalités de production d’une sculpture en bois étuvé. La «machine à étuver» ayant été elle-même le prétexte d’une «battle» entre jeunes artistes, associant Bernhard Rüdiger autour de la notion d’«articulation». Étonnant!

Christian Gaussen

Autres Lieux
— Ecole Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier: 130, rue Yehudi-Menuhin, 34000 Montpellier
— Galerie Aperto: 1, rue Etienne-Cardaire, 34000 Montpellier