ART | CRITIQUE

Benoît Platéus

PRaphaël Brunel
@12 Jan 2008

La photocopie est le point de départ et le support de l’œuvre de Benoît Platéus qui, en réalisant un étrange mélange entre formalisme rigoureux et gestuelle naïve, semble produire une esthétique de la perturbation.

Après avoir expérimenté la photographie comme produit de la réalité, en sondant les possibilités d’une dégradation des conditions d’existences de l’image, Benoît Platéus s’intéresse, dans une logique similaire, à la reproductibilité technologique, basique et bureaucratique. Dans ses œuvres antérieures, il avait déjà utilisé la photocopie comme intermédiaire pour poser un regard ontologique sur la photographie, pour opérer une déconstruction de l’image à des fins esthétiques et ouvrir le champ des possibles.

Dans l’exposition qu’il présente à la Galerie Aline Vidal, la photocopie est le point de départ et le support de l’œuvre. A sa manière, Benoit Platéus actualise le débat entamé par Walter Benjamin dans les années 30 sur la reproductibilité technique, et sur la ruine de l’idée d’authenticité jusqu’alors de rigueur dans l’art au profit de la fugacité et de la répétition.

Si Benjamin s’appliquait principalement à décrire les effets de la lithographie de presse, de la photographie et du cinéma, Benoît Platéus se concentre sur la photocopie, toujours plus dépourvue de qualités et d’actions artistiques, dont le résultat ne s’obtient que par simple pression d’un bouton, sans manipulations ou interventions intermédiaires de la part de celui qui s’en sert.
Ce geste est, de plus, réalisé quotidiennement par un nombre incalculable de gens. Contrairement à la photographie et au cinéma, qui sont le produit d’un savoir faire technique et esthétique, la photocopie réduit la reproduction à sa plus simple expression. En ayant recours à ce procédé, Benoît Platéus interroge sa réception et sa perception par un spectateur habitué à le voir utilisée dans un contexte différent.

Les œuvres-photocopies de Benoît Platéus sont de grands formats et accrochées simplement aux murs de la galerie, sans cadres ni dispositifs particuliers. Elles reproduisent des pages de bandes-dessinées ou des pages de lignes tantôt verticales tantôt horizontales. Le cadre des dessins ainsi que la répétition de lignes parallèles forment une trame géométrique, qui devient le support esthétique des réflexions menées par Benoît Platéus.

Mais Benoît Platéus rompt rapidement avec ce formalisme apparent qui emprisonne le regard et hypnotise le spectateur, en y glissant des agents perturbateurs, des formes naïves d’intervention directe. Ainsi, les hachures se voient parasitées par des dessins informes et irréguliers, des formes anthropomorphes grossières, proches du dessin enfantin, du gribouillage.
Quant aux pages de BD, elles sont floutées, éclaboussées, tachetées et amputées des bulles de dialogues. Benoît Platéus obtient donc une synthèse improbable entre forme et informe, rigueur et naïveté, reproduction d’un document et intervention de l’artiste. Il impose ainsi à l’infaillibilité de la reproductibilité la liberté et l’imperfection de la poésie.

Benoît Platéus
20th Century Boys, 2006. Acrylique sur Papier encadré sous plexiglas. 112 x 78 cm.
Les Galaxiens, 2006. Photographie couleur encadrée sous plexiglas. 135 x 182 cm.
La Bête noire, 2006. Photographie couleur encadrée sous plexiglas. 190 x 140 cm. Edition de 2.
Page 17, 2007. Photographie couleur encadrée sous plexiglas. 180 x 140 cm. Edition de 2.
Dossier X, 2006. Photographie couleur encadrée sous plexiglas. 200 x 140 cm. Edition de 2