Anne Bony. Comment définiriez-vous ce nouveau lieu?
Béatrice Saint-Laurent. C’est un lieu qui exprime mes goûts, mon ADN. Je suis particulièrement sensible à la question de la transversalité, du dialogue entre les différents registres de création: mode, bijoux, mobilier, accessoires… Je m’applique aussi à mettre en avant le travail de certains créateurs, comme Nacho Carbonell — ses objets sont accessibles à partir de 135 euros, des girafes en mousse aux Lovers’ Chairs éditées par la galerie Rossana Orlandi de Milan — et Djim Berger, formé à la Design Academy de Eindhoven, qui repousse constamment les frontières de la céramique et que j’ai soutenu dans la production de deux modèles de mobilier. La première exposition, ouverte depuis le — mai 2010, présente également des pièces vintage, comme des luminaires de Gae Aulenti, Angelo Lelli, Gino Sarfatti ou Ettore Sottsas.
Quel pourrait être le point commun entre tous vos choix?
Béatrice Saint-Laurent. Ce qui me séduit en premier lieu est la qualité et l’originalité du matériau et l’orientation de l’objet vers un design épuré. Les sacs, par exemple, sont uniques. Ils sont réalisés avec de la peau de python peinte à la main. Au-delà du produit en lui-même, j’aime l’idée de procurer un service exclusif. Un concept qui donne à chaque amateur, l’accès à la rareté et la clef de l’intégration dans le processus de la création.
Je m’intéresse à tous les aspects du design y compris la mode. La galerie produit des robes-bijoux qui, dans mon esprit, sont des sculptures fonctionnelles au même titre que le mobilier avec une résonance affective propre. Je me sens proche des préoccupations de Li Edelkoort (styliste de renom, fondatrice de la revue Bloom et papesse des nouvelles tendances) qui entretient un rapport extrêmement personnel avec les designers.
L’ouverture de cette galerie est-elle le prolongement naturel de votre carrière?
Béatrice Saint-Laurent. Pas du tout, cette galerie est vraiment en dehors de tout ce que j’ai pu faire jusqu’à présent, si ce n’est que j’ai toujours collectionné… Mon champ professionnel est dans le domaine de l’écrit. J’ai travaillé à la Délégation aux arts plastiques puis dans une agence de communication et enfin au Ministère des affaires étrangères. C’est la première fois que je présente mon univers propre, que je transmets ma vision personnelle de la création. Je pense organiser environ trois expositions par an.
Vous avez fait appel au designer Noé Duchaufour-Lawrance pour concevoir un espace sur mesure, en cohérence avec votre vision de la galerie idéale. En quoi consistait le cahier des charges?
Béatrice Saint-Laurent. L’espace de la galerie, je le souhaitais simple et engagé, je refusais la neutralité du « white cube », désirant m’orienter vers un lieu plus convivial, de découverte et d’initiation, où puissent se nouer des échanges. En cela, Noé Duchaufour-Lawrance a parfaitement répondu à ma requête. Il a conçu la galerie comme un studio de photographe, un cyclo déroulant, une page blanche. Un lieu qui se lit de l’extérieur vers l’intérieur, qui suscite la curiosité, « aspire » littéralement le regard. D’où l’idée de la troisième dimension, d’un espace tout en formes et en courbes, autour d’un matériau d’une grande pureté: le Corian. Beaucoup plus fin que le béton, sans soudures apparentes, c’est matière qui s’efface… Les murs, le plafond, le sol sont d’un seul tenant, une magie de l’espace infini!
Informations
Galerie BSL, 23 rue Charlot, 75003 Paris
Du 7 mai au 24 juillet 2010, exposition inaugurale: «Djim Berger / Nacho Carbonell / Noé Duchaufour-Lawrance»




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