DANSE | SPECTACLE

Ex Anima

09 Nov - 03 Mar 2019

Faut-il encore présenter Bartabas et la troupe du Théâtre équestre Zingaro ? Avec Ex Anima, la compagnie livre un spectacle en forme de paroxysme. Une pièce où tous les rôles principaux ont été distribués aux chevaux. Une occasion unique de plonger dans l'expression artistiques des animaux.

Danse ou théâtre ? Lorsque Bartabas évoque le spectacle Ex Anima (2018), il parle volontiers de « laisser la parole aux chevaux ». Nom de troupe et de lieu, le Théâtre équestre Zingaro est une expérience unique dans le paysage du spectacle vivant. Installée au Fort d’Aubervilliers depuis 1989, la troupe du Théâtre Zingaro travaille depuis plus de trente ans avec des chevaux. Histoire de souffle, Ex Anima fait retour sur cette longue aventure tout en la creusant davantage encore. Pour la première fois, Bartabas lâche, pour ainsi dire, complètement la bride. Sur scène, pas de cavalier, pas de voltigeur, pas de garde-fou pour guider les chevaux. Les interprètes humains de la compagnie sont présents, mais de façon plutôt effacée. Vêtus de sombre, ils laissent la pleine lumière aux chevaux. Cintron, Dominguin, Manzanares, Nimeño, Arruza, El Gallo… La troupe ne compte pas moins de trente-cinq interprètes équidés. Pour une pièce toute en souffles.

Ex Anima de Bartabas : le Théâtre équestre Zingaro, une histoire de souffles et d’âmes

Langage de corps, de mouvements, de souffles… Ex Anima exhale la confiance qui existe entre les interprètes du Théâtre équestre Zingaro. Bien sûr la partition est écrite, nourrie par des centaines de répétitions. Voire des milliers pour les cheveux membres de la compagnie depuis vingt ans. Mais pour autant, une part d’impondérable demeure. En dernière instance, sur scène, avec Ex Anima Bartabas laisse la touche finale aux chevaux. Répétitions, variations… Ex Anima rend pleinement hommage aux animaux qui sont aussi l’âme de la troupe. En les laissant libres d’adapter, représentation après représentation, leur spectacle. Mot latin séminal, l’anima correspond à peu près au pneuma grec. Une notion qui correspond aussi bien au souffle (respiratoire) qu’à l’esprit et l’âme. Mais l’anima latine est aussi la racine à partir de laquelle est formé le mot ‘animal’, désignant les êtres vivants dont la respiration les différencie des êtres inanimés.

Langage des souffles et corps en mouvement : quand les chevaux dansent et racontent

Titre fécond, Ex Anima peut autant évoquer des présences fantomatiques, que des êtres dont le statut est en cours d’évolution. Les chevaux de Zingaro sont-ils encore des animaux ordinaires ? Y a-t-il des animaux ordinaires ? Spectacle payant une partie du tribut des humains envers les chevaux, Ex Anima les laisse restituer leur compréhension du projet artistique dans lequel ils sont engagés. Les anciens de la troupe, comme les nouveaux venus. Tel Van Gogh, le cheval à l’oreille coupée, arrivé en 2015. Soit un Lusitanien de quatre ans et demi, destiné à l’abattoir avant que de devenir artiste. Spectacle imprégné de souffles, ce sont des instruments à vent qui en ponctuent la partition musicale. Conjuguant Hulusi (flûtes de Chine), Tin-Whistles (flûtes d’Irlande), Bansuri (flûtes d’Inde du Nord), Shakuhachi, Ryuteki et Nokan (flûtes du Japon). Pour un spectacle poétique, qui joue les prolongations au Fort d’Aubervilliers jusqu’en mars.