ART | CRITIQUE

Baitogogo

PFrançois Salmeron
@02 Juil 2013

«Baitogogo» s’impose à nous comme une impressionnante sculpture de bois composée à partir des piliers du Palais de Tokyo, qu’elle prolonge et démultiplie tout à la fois. Cette structure végétale foisonnante nous revoie alors vers un système complexe de rhizomes, et semble réanimer la matière morne des constructions architecturales.

Henrique Oliveira a pensé cette nouvelle installation à partir d’un matériau très répandu dans son pays natal, le Brésil. «Baitogogo» se compose en effet de bouts de bois de «tapume», bois qui sert habituellement à la construction de palissades dans les chantiers urbains. Ici, ce matériau gagne donc une valeur esthétique, pour composer une impressionnante structure, qui se déploie comme d’immenses troncs, de gigantesques tentacules ou des bras indéfiniment longs, qui se développent dans l’architecture du Palais de Tokyo.

Car l’originalité de cette installation est de se greffer aux piliers qui soutiennent l’architecture du Palais de Tokyo. «Baitogogo» vient effectivement prolonger et déformer deux piliers préexistants, les autres colonnes et les deux poutres horizontales les reliant ayant été produites en atelier par Henrique Oliveira. L’œuvre s’inscrit donc dans un espace «prédonné» dont elle va s’emparer et transfigurer.

Car tout se passe comme si le bâtiment reprenait vie, comme si la matière morne et manipulable à volonté par la main de l’homme et de ses outils, se trouvait regagner son autonomie et se développer suivant son propre rythme de croissance. Les piliers et poutres couverts de peinture blanche éclatent ainsi en des bouquets de branchages et de troncs. «Baitogogo» s’élance alors dans une structure complexe, arborescente, tel un système de synapses, un réseau neuronal — Henrique Oliveira dit d’ailleurs s’être inspiré des livres de médecines et des neurosciences pour donner forme à son installation —, ou comme une structure de rhizome.

Les branches sont en réalité liées les unes aux autres, formant un circuit vertigineux qui dévore l’espace, réunissant l’urbain et le végétal, les structures anarchiques et tentaculaires des mégapoles du Sud, et les forêts tropicales foisonnantes peuplées d’arbres géants.

Traversée de nœuds, démultipliant les embranchements, «Baitogogo» nous renvoie également vers les réseaux modernes, à la croissance incontrôlable, et semble même nous faire basculer dans un univers d’anticipation. Comme si, après les folles poussées technologiques, la nature reprenait finalement ses droits, et recommençait à envahir nos villes et les architectures qui les habitent, créant alors un monde hybride et déroutant.