DANSE

Bahok

03 Juin - 07 Juin 2008

Avec Bahok, Akram Khan reprend quelques-uns de ses thèmes de prédilection, comme le voyage, l’échange ou le brassage des cultures. De conversations en duos amoureux, le corps parle des migrations, des pays quittés, des racines retrouvées... 

Communiqué de presse
Akram Khan

Bahok

Horaire : 20h30

— Directeur artistique et chorégraphie : Akram Khan
— Musique : Nitin Sawhney
— Conseiller pour la musique chinoise : Gisele Edwards
— Musique additionnelle My Friend of Angel Tribe : Mari Boine
— Lumières : Fabiana Piccioli
— Décor  : Fabiana Piccioli, Sander Loonenet Akram Khan
— Dramaturgie : Guy Cools
— Imaginé et interprété par Eulalia Ayguade Farro, Young Jin Kim, Meng Ning Ning, Andrej Petrovic, Saju, Wang Yitong, Shanell Winlock, Zhang Zhenxin
 
Rendez-vous fut donné au Jerwood Space, beau studio doublé d’une galerie, à deux pas de Bankside (la rive gauche de la Tamise) de Londres. Akram Khan, avant son départ pour la Chine, avait tenu à présenter de larges extraits de Bahok. De cette collaboration fructueuse entre le National Ballet of Chinaet l’Akram Khan Company, va naître un nouveau voyage au long cours, «une version actuelle de la fable de Babel ». Les interprètes réunis viennent de Corée, d’Inde, d’Espagne, de Slovaquie, d’Afrique du Sud et de Chine. Khan a voulu ce brassage de cultures, cet échange permanent, ces frottements aussi. «Nous sommes tous des nomades à notre époque. Nous avons tous connu ces migrations, ces pays quittés, ces racines retrouvées. Bahok en parle», dit le chorégraphe dont les parents sont originaires du Bangladesh mais qui a grandi à Londres. Ce jour-là, en studio, c’est Akram Kahn lui-même qui présente danseurs et projet. Il porte une petite pancarte sur laquelle est reproduite une photo de ces panneaux qui ornaient autrefois les gares. Les destinations s’y affichaient comme autant d’espoirs caressés. Le décor de Bahok reprendra ce thème: mais face à nous, les danseurs lèvent la tête en l’imaginant seulement. On fera comme eux.

Dans cette salle d’attente improvisée, certains ont une valise en main, deux femmes assises entament une conversation impossible. L’une parle en chinois. Un solo débute, corps qui bascule, mouvement se développant à partir de son centre. Les bras sont arrondis. D’un tour sur un pied, on finit en pirouette. Plus loin, une danseuse ondule de dos, squelette parcouru d’un frisson. La richesse d’écriture du mouvement propre à Akram Kahn dévoile à nouveau ces sortilèges.

À partir de récits personnels, le chorégraphe et son dramaturge Guy Cools, ont tissé des fragments de texte mis en scène avec les danseurs. Comme cette traductrice improvisée au poste de police, qui ne parle pas coréen et dialogue pourtant avec l’autre, dans une totale incompréhension réciproque. Mais le plus souvent c’est la gestuelle qui raconte cette communication à engager. Dans un duo, on voit une danseuse s’endormir sur l’épaule de son partenaire d’infortune. Il la rattrape, elle se rendort. Ce brillant exercice de « portés »… décalé… donne le ton de Bahok. Qu’emporte-t-on avec soi quand on est, ainsi, baladé à travers les continents? Plus tard, ces deux-là, éblouissants, ne formeront plus qu’un seul corps aux bras démultipliés. Déesse d’un nouveau genre, celui d’un monde globalisé et en transit. Mais à l’uniformité qui guette, Akram Kahn préfère apposer les couches successives de cultures différentes: «J’ai pensé au langage, moyen de communication par excellence. Il porte le message mais il peut également être une barrière entre les êtres. Les danseurs ont cette chance inouïe de pouvoir « parler » avec leur corps. Y compris lorsqu’il est formé au classique comme c’est le cas avec les solistes du Ballet national de Chine. J’ai trouvé chez eux une souplesse de corps et d’esprit que je n’avais jamais perçue ailleurs. »

Fort d’une compagnie protéiforme — à laquelle 3 interprètes du Ballet national de Chine se sont joints —, le chorégraphe de Londres décrit, à sa façon, sensible, ce monde qui bouge autour de nous, ces migrations de corps et d’esprit. Sa danse, plus belle que jamais, raconte ces voyages intérieurs tandis que le travail sur le texte de l’écrivain Hanif Kureishi et du dramaturge Guy Cools renforce encore la portée symbolique de Bahok. Enfin, un autre fidèle d’Akram Khan, le compositeur Nitin Sawhney, apporte sa touche personnelle à ce grand ballet des temps modernes.