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Babel

Plus qu’une fable sur l’origine de la diversité des langues, le récit que fait la Genèse (chap. 11, vers 1-9) de l’histoire de la tour de Babel explique, à qui veut l’entendre, que l’humanité ne parviendra jamais à l’harmonie par la voie de la pesanteur — par la voie de l’architecture et de l’urbanisme.

Les piaillements ininterrompus de canaris enfermés dans une cage sont là pour nous le rappeler : il ne suffit pas de disposer d’un espace commun pour s’entendre ni moins encore d’une même langue pour réussir à se parler. Mais c’est davantage peut-être dans les tableaux qui entourent cette cage que nous pouvons saisir cette idée. Entre toiles abstraites et plans d’architectes, ces tableaux figurent à merveille la menace qui pèse sur toute société quand ceux qui la gouvernent en font le terrain de jeu d’idéologies politiques.

Effondrement, confusion, superposition… ce sont là les conséquences directes qui menacent toute société quand, pour s’édifier, elle pense pouvoir se passer d’une quête spirituelle sans laquelle, pourtant, elle reste privée de fondation.  

Voilà pourquoi nous ne pouvons nous empêcher de penser que le rêve d’Andrea Blum (urbaniste), d’unifier dans un même lieu sphère privée et sphère publique, trouve de manière ironique son meilleur démenti dans l’histoire de la tour de Babel qu’Andrea Blum (artiste) a prise pour thème de son exposition.
Si les oiseaux vivant dans cette tour continuent à piailler sans jamais parvenir à s’entendre, c’est qu’ils ne peuvent que maintenir sur un seul plan ce qui n’a de sens qu’à être séparé : la sphère privée — lieu propre de la spiritualité — de la sphère publique, qui n’est jamais que le fruit de cette première sphère atopique. 

Cette vérité, pourtant simple, explique peut-être le parfum de «communisme» qui plane sur toutes les œuvres d’Andrea Blum (urbaniste) : les structures en béton, les armures métalliques, les cages pour animaux… Mais le plus surprenant, dans cette histoire tragi-comique, reste quand même l’incroyable engouement avec lequel les institutions publiques s’arrachent les œuvres d’Andrea Blum (urbaniste). Ou bien alors faut-il en conclure que la politique, et son dernier avatar — l’urbanisme — n’ont pas encore renoncé à vouloir conquérir le ciel ?

Andréa Blum
Babel, 2008. Structure en acier perforé, grillage, branches, 20 canaris. 140 x 186 x 140 cm
In Bed with a Cold Blooded Animal, 2008. Structure en acier perforé, vitrine, lampes, branche, coussin, lézard. 114 x 236 x 140 cm
Landscape 1, 2008. C-print sur aluminium, diasec. 119 x 170 cm
Landscape 2, 2008. C-print sur aluminium, diasec. 114 x 196 cm
Landscape 3, 2008. C-print sur aluminium, diasec. 91 x 240 cm
Landscape 4, 2008. C-print sur aluminium, diasec. 76 x 224 cm
Landscape 5, 2008. C-print sur aluminium, diasec. 91 x 234 cm