DANSE | SPECTACLE

Off Avignon | Unité 777

08 Juil - 22 Juil 2019

Si la danse est action, il existe aussi du mouvement dans le pâtir. Quand le corps endolori continue de bouger. Avec Unité 777, le chorégraphe Axel Loubette, explore cette zone-limite. En s'appuyant notamment sur les relations êtres humains / animaux, quand la douleur infligée est purement et simplement niée.

Pièce pour cinq danseurs, avec Unité 777 (2016-2018), le chorégraphe et danseur Axel Loubette (Cie Ellipse) s’aventure du côté de l’art engagé. Celui qui ne renonce pas à avoir un propos polémique. Le titre fait référence à l’Unité 731 ; un laboratoire du Japon impérial fasciste qui pratiquait des expériences défiant toute morale — vivisection humaine incluse. Franchissant le pas qui sépare l’humain de l’animal — en sens inverse cette fois —, Unité 777 interroge le comportement humain vis-à-vis des animaux. Danse électrique, nerveuse, comme traversée d’impulsions, avec Unité 777 les corps vacillent, chancellent, marchent à rebours d’eux-mêmes. Mouvement déformé ; mouvement malgré tout. Il y a de la chute, de l’étourdissement, de la reprise, des raidissements… Et même une sorte d’ivresse dans la douleur. Quand le geste devient hagard, que le mouvement se zombifie et s’effectue par-delà la conscience. Sur une musique électro de Postcoïtum et Axel Loubette.

Unité 777 d’Axel Loubette : quand les frontières entre humain et animal se floutent

Créée en 1932 sur l’actuel territoire chinois (en Mandchoukouo, actuelle province du Heilongjiang), l’Unité 731 a servi à pratiquer des expérimentations, sur cobayes humains notamment. Recherches en bactériologie et virologie (peste, typhus, choléra…), plusieurs milliers de prisonniers y ont été déportés et utilisés comme matière première. Une déshumanisation allant jusqu’à la pratique de vivisection sans anesthésie. Effectuant le parallèle entre ce conditionnement mental et celui qui permet de nier la souffrance animale, Unité 777 met en scène des gestes endoloris. De corps souffrants. Mais militaires touchés au combat, zombis sortis d’un film d’horreur, vaches mal étourdie avant d’être équarrie vive… Le corps qui vacille est ici porteur d’une énergie universalisante. Dès lors que le langage verbal n’entre pas en jeu, il reste les expressions corporelles (plus encore que faciales), pour deviner la souffrance.

Danser la souffrance : au-delà du langage verbal, le langage chorégraphique

Mais la pièce Unité 777 d’Axel Loubette ne relève pas non plus du gore. Spectacle accessible à tous les publics, la violence éprouvée y est symbolisée. Dans un décor dépouillé, en clair-obscur, la danse ne figure pas la torture. Bien plutôt s’agit-il de capter les résonances : l’écho de la douleur dans la façon même de marcher ou trébucher. Une douleur qui dépasse le pathos pour embrasser la part animale. Ou de l’enfance, au sens strict d’infans — celui qui n’a pas la parole. Une douleur qui déborde même le corps subissant pour absorber celui qui l’inflige. Dans cette zone grise où bourreau et victime finissent par partager le même degré d’étourdissement. Dans un état de conscience altérée au point de supprimer toute empathie ; cette faculté cognitive commune à la plupart des espèces grégaires. Une faculté que restaure ici, en quelque sorte, Unité 777, par la danse.