ART | EXPO

Attention à la figure

27 Juin - 07 Nov 2011
Vernissage le 26 Juin 2011

Dans le cadre de l'évènement «L’Art contemporain et la Côte d’Azur», l’exposition «Attention à la figure» confronte quatre démarches, celles de Jean Dubuffet, Robert Malaval, Philippe Ramette et Natacha Lesueur, qui au-delà de leurs différences sont traversées par une semblable tension entre le burlesque et la célébration.

Jean Dubuffet, Natacha Lesueur, Robert Malaval, Philippe Ramette
Attention à la figure

La figure humaine est l’un des motifs essentiels de l’art occidental, qui apparaît dominant, ou au contraire en retrait par rapport à ce qui tend à le nier ou le contester: le fond, le géométrique, le décoratif, l’informe, l’abstraction en général, etc.

Dès le début du XXe siècle, et notamment avec le Cubisme, la figure éclate en une juxtaposition ou superposition de plans différents. Elle ne cessera de faire l’objet de différentes formes de déconstruction et d’effacement.
Aujourd’hui, tout se passe comme si la notion de figure avait éclaté en un ensemble de traits partiels, laissant chaque fragment poursuivre une vie autonome. Pourtant, elle ne cesse de hanter les œuvres, dans une dialectique sans fin. Dans ce cycle d’apparition/disparition de la figure, Vence a été le témoin de moments remarquables.

En 1961-1962, Jean Dubuffet introduit de nouveau dans son travail «une forme de figuration délibérément exacerbée» (Hubert Damisch). Mais les divers personnages qui vont peupler sa série «Paris-Circus» ne sont qu’un moment d’une dialectique incessante qui les verra apparaître et disparaître selon les périodes de l’artiste.
Dubuffet a abondamment commenté ce «mouvement d’oscillation et de pulsation», entre une aspiration «imageante» et une tentation «inhumanisante», dont l’exposition témoigne.

Simultanément, à Vence lui aussi, Robert Malaval invente dans sa série l’«Aliment blanc» une autre approche de la figure: en apparence absente de ses travaux, elle y est pourtant intensément suggérée. Le grouillement organique d’une matière vivante semble là envahir la figure, à moins qu’elle n’en émerge dans un processus d’apparition/disparition. En 1965-1968, la figure reviendra chez Robert Malaval dans ses portraits-silhouettes «Rose-Blanc-Mauve» peints au pochoir, où demeurent des traces de l’«Aliment blanc».

L’exposition confronte cette double vision de la figure humaine par Jean Dubuffet et Robert Malaval à celle de deux artistes d’aujourd’hui: Natacha Lesueur et Philippe Ramette.

Dans ses performances, Philippe Ramette se fait photographier dans des postures défiant les lois de la pesanteur, ou sous l’eau vêtu de son costume-cravate, ou lors d’activités apparemment ordinaires.
Les dispositifs utilisés par l’artiste s’autonomisent aussi en objets, en «sculptures», dans lesquelles la figure est suscitée par l’invitation au public d’en faire virtuellement l’expérience.
On décèle chez Philippe Ramette une forme de burlesque impassible, une sorte de gravité loufoque à la Buster Keaton, plus proche du music-hall que du cirque ou du carnaval. À moins d’y voir une forme d’absurdité kafkaïenne dans laquelle «l’homme de Ramette» (Christian Bernard) n’est jamais à la bonne place, et n’a jamais la bonne réponse à une question qui ne lui est pas posée…

Quant à Natacha Lesueur, elle réalise des portraits photographiques en composant sur la tête ou le corps de ses modèles des motifs complexes, souvent à l’aide de matières alimentaires, jusqu’à les recouvrir totalement, et désacraliser la figure humaine. La part des objets et des matières, fruits et légumes, ou nourritures diverses, confère à cette démarche un caractère moins burlesque ou ironique qu’«arcimboldesque».

La tension entre le burlesque et la célébration, suggérée par l’intitulé de cette exposition, en constitue une des principales interrogations.