ART | EXPO

Atmosphères 2008

20 Sep - 02 Nov 2008
Vernissage le 27 Sep 2008

Itinérance artistique au coeur de la Bretagne, «Atmosphères» est un dialogue entre la création contemporaine, le patrimoine et le paysage, une rencontre entre dix-sept artistes et les habitants.

Clément Bagot, Jean-Yves Brélivet, Hervé Coqueret, Maïder Fortuné, Aurélien Froment, Virginie Gautier et Christl Lidl, Vincent Victor Jouffe, Olivier Leroi, Cécile Le Talec, Christophe Litou, Eunji Peignard-Kim, Georges Peignard, Thoma Ryse, Édouard Sautai, Veit Stratmann, Jacques Vieille
Atmosphères 2008, Parcours d’art contemporain en centre Bretagne

Itinérance artistique au coeur de la Bretagne, Atmosphères est un dialogue entre la création contemporaine, le patrimoine et le paysage, une rencontre entre dix-sept artistes et les habitants. La deuxième édition de cette biennale égrène près d’une vingtaine d’oeuvres d’expression diverses dans six communes des Côtes d’Armor qui bordent le canal de Nantes à Brest.

« Atmosphères 2008 » joue de discrets décalages visuels ou de sens, mis en lumière par le jeu de l’analogie entre les oeuvres et les lieux. Ils découlent de rapports d’échelle insolites, de glissements de sens, de plongées dans des espaces fictionnels cinématographiques, littéraires ou liés à l’imagerie populaire. Ils conduisent à une approche singulière de l’idée de déplacement, de l’animal, ou des préoccupations formelles de couleur, d’artificialité et d’ornement.

Cette réciprocité, rigoureuse tout au long du parcours, entre les oeuvres et les lieux dont la lecture se trouve mutuellement enrichie, permet une imprégnation sensible des unes et des autres. En filigrane, elle ouvre les champs de l’imaginaire, offre des instants relaxants dans une nature paisible à se réapproprier, et transporte au gré d’une promenade fluide vers des atmosphères aussi attrayantes que la nature sillonnée.

Les premières oeuvres du parcours transportent d’emblée vers l’idée de déplacement, physique ou mental. A l’abbaye de Bon-Repos, lieu de rassemblement de véhicules de collection, la vidéo et les drôles de voitures-tentes d’Edouard Sautai, La vie de château, donnent le feu vert à notre itinérance. Se riant du jeu des proportions, elles semblent tout à la fois vouloir défier l’imposant monument et souligner leur précarité commune.

A la chapelle de Rosquelfen à Laniscat, Aéronef de Clément Bagot, maquette d’une navette spatiale imaginaire, et Werner Herzog d’Aurélien Froment, réduction documentaire du bateau du film Fitzcaraldo, explorent des images cinématographiques emblématiques. Figées dans leur étrange immobilité, ces oeuvres embarquent vers des voyages utopiques ou fantastiques.

Les anneaux de Veit Stratmann, couronnes de chaises urbaines mobiles, laissent le choix de son point de vue au visiteur du jardin public de Gouarec. Avec des mobilités singulières ou surnaturelles, à tâtons les yeux fermés ou en lévitation, les images conjointes de Virginie Gautier et Christl Lidl, Marche, ainsi que l’installation vidéo de Maïder Fortuné, I wasn’t Crying, but the Ground Wasn’t Still, présentées à la galerie Trémel à Gouarec, font pénétrer dans l’épaisseur de la forêt pour aborder les rivages intérieurs et ceux de l’inconscient.
Au bord du canal vers Plélauff, sur le site de Kerauter, l’énigmatique contre-signalétique de Christophe Litou, évidée de ses îcones, désoriente complétement. Elle interroge la réalité de cette route non navigable, devenue sans issue, presque un no man’s land.

Un peu plus loin à l’écluse de Kerlouët et au milieu des fougères, le mât/fréquence sonore émergeant à la surface de l’eau (vestige d’un bateau échoué) et la yourte de Cécile Le Talec constituent l’émetteur et le récepteur, nomades, d’une étonnante symphonie de langues sifflées, de chants d’oiseaux et de sons aquatiques qui explore une possible fusion sonore du monde.
Dans le jardin public, l’insolite chat-nid de Jean-Yves Brélivet, métaphore de la duperie, évoque avec drôlerie les rapports forts-faibles.
Dans cette commune, c’est le riche bestiaire de la chapelle Notre-Dame de la Croix, qui suscite ce choix d’oeuvres interrogeant les modes de communication et de compréhension, les rapports humains et les croyances, par l’entremise d’animaux et par le filtre des fables. Là, l’étrange La Lsicorne de Maïder Fortuné fait vaciller notre rationalité entre réalité et légende quant à l’existence de la chimère.
Sur de légers dessins, les animaux hybrides d’Olivier Leroi invitent à des jeux de l’analogie visuelle plein d’humour tout comme ses objets.
Au fond d’un vallon paisible de Plélauff, dans le jardin privé du Moulin de Rohan, le Jardin carré de Jacques Vieille invite à s’allonger et goûter les délices de ce havre propice au repos avec lequel il partage une certaine artificialité. Il ouvre une suite d’oeuvres réunies à Lescouët-Gouarec autour des préoccupations formelles de l’ornement et de la couleur.

A la chapelle Notre-Dame de Karmez, lieu de pèlerinage, les Ornements photographiques de bouquets et de fragments de bannières votives de Vincent Victor Jouffe installés dans la sacristie, lieu de secret et d’intimité, ainsi qu’un ensemble de dessins dans la nef renvoyant à l’idée d’apparition, questionnent la capacité des éléments décoratifs rituels à manifester la présence du divin.
Dans une verdoyante oseraie, les sculptures peintes de Thoma Ryse explosent de couleurs et de motifs. Intitulées L’Art qui repose II, elles invitent à s’asseoir et à s’ouvrir à la contemplation tout en questionnant notre façon d’appréhender ou de vivre l’art.
Au hameau de Kerroc’h, l’installation d’Eunji Peignard-Kim, inspirée d’une toile de Jouy aux motifs tracés de rouge, a pour théâtre l’ancien four à pain et une lourde roche. Jouant sur l’échelle, le rapport intérieur-extérieur, maison-paysage, elle s’intéresse à ce qui enracine les humains dans un environnement.

Egalement évocation de l’habitat, en grand format, la maison de bois d’Hervé Coqueret, illuminée la nuit, point final à cette itinérance, se dresse face à l’imposant ensemble de caractère des Forges des Salles à Perret. Monumentale, elle n’est pourtant que la maquette de la maison de la plage du film Kiss me Deadly de Robert Aldricht. Motif clé du cinéma, elle interroge la prégnance des images portées en soi et physiquement transposées là où le mental l’y décide, – en l’occurrence en pleine campagne -, entre virtualité et palpabilité.