ART | CRITIQUE

Assemblage

PMaxime Thieffine
@15 Nov 2008

La galerie Laurent Godin fait le point des travaux récents de ses jeunes artistes. Une mise à jour aux airs de patchwork aux gros points de couture, à l’image des œuvres présentées, composées de matériaux pauvres assemblés «à la main» et sans artifice. L’art du bricolage.

Collage, tout d’abord, avec Scoli Acosta et ses deux portraits de créatures aux coiffes (headdresses) étranges, agrémentés de peinture, crayon et maquillage. Après la performance, l’installation, la sculpture, le dessin, la vidéo et la photo, l’artiste américain ajoute le collage comme nouvelle corde à son arc.

Composition florale ensuite, avec Hsai-Fei Chang et ses assemblages de fleurs synthétiques jaunes et rouges en forme de bulles de bandes-dessinées, dans lesquelles on peut lire «Hi» et «Ton cul». Utilisées à Taiwan dans les cérémonies funèbres, les fleurs synthétiques reviennent de manière récurrente dans l’œuvre de l’artiste, comme représentation de la beauté — une beauté «cheap» — et de la mort.

Fabrique pour géants chez Vincent Olinet et son masque de bois surdimensionné, un tube de PVC en guise de nez et des rubans en guise d’oreilles. Les connotations enfantines, que l’on trouvait déjà dans les sculptures de gros gâteaux colorés de l’artiste, se retrouvent ici dans la convocation d’un imaginaire fantastique. Au masque géant s’ajoute une installation composée de 39 outils de jardinage au manche disproportionné, posées dans un coin de la galerie.

Sculpture, enfin, avec Corinne Marchetti et Lamarche & Ovize. La première propose six pièces de grès recouvert d’émail, rabelaisiennes et/ou poétiques, aux titres particulièrement soignés et non-dénués d’humour, sous forme d’aphorismes parfois loufoques, ou de références à la littérature.

Les seconds persistent et signent leur refus de la sculpture monumentale avec vingt-six petites pièces posées au sol, une pour chaque lettre de l’alphabet. Le duo d’artistes semble poser rétroactivement les bases de son art, en présentant son vocabulaire formel sous forme d’abécédaire. Seul le «i» se dresse, comme dans une tentative vite avortée de s’élever du sol.

Lamarche & Ovize semblent pratiquer le «bricolage» comme le faisait Claude Simon : dans une recherche constante et sans mettre de côté les inévitables errements et hasards qu’elle suppose. L’une après l’autre, les formes découpées et posées appellent les suivantes, comme les mots et phrases de l’écrivain s’engendraient par associations et analogies.

Œuvres

Scoli Acosta
Leather Jacket Keychain Chandelier Headdress, 2007. Collage, peinture acrylique, maquillage sur papier. 84 x 66 cm
O.S.O.S Chandelier Headdress, 2007. Collage, peinture acrylique, maquillage sur papier. 84 x 66 cm

Hsai-Fei, Chang
Hi – Ton cul, 2008. Polystyrène, fleurs synthétiques. Dimensions variables

Lamarche & Ovize
Notre abécédaire, 2008. Série de 26 sculptures, technique mixte. Dimensions variables
Blocked Image. Notre abécédaire, 2008. Impression jet d’encre. 90 x 160 cm

Corinne Marchetti
Spécialiste de la pensée fluide, la nature de l’homme ne lui pose plus aucun problème, 2008. Grès, émail, colle à carrelage, bois. 115 x 45 x 40 cm
Ni joie ni peine, ni même l’ennui. Il se demande s’il existe encore, s’il existe vraiment, 2008. Grès, émail, colle à carrelage, bois. 140 x 45 x 45 cm
Peau de chien, langue de bœuf, 2008. Grès, émail, colle à carrelage, bois. 130 x 42 x 43 cm
Au carnaval des faux semblables, colonel Social n’était pas le dernier des faux-culs, 2008. Grès, émail, colle à carrelage, bois. 135 x 45 x 53 cm
La Copine de Mr Kougloff, 2008. Grès, émail, colle à carrelage, bois. 150 x 37 x 53 cm
Les Liaisons du mal, 2008. Grès, émail, colle à carrelage, bois. 150 x 26 x 36 cm

Vincent Olinet
Sans titre (outils), 2007-2008. 39 éléments en bois et métal. Dimensions variables
Mes compagnons d’infortune, mes compagnons de galère, 2007-2008. Bois, tuyau PVC, rubans, filin d’acier. 340 x 100x 290 cm

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