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Artistement voué au feu

Dans la galerie un accrochage maximaliste sature et avale le visiteur: les murs rayés tricolores par des lés de sacs poubelles rouges et bleus, le sol envahi d’un dessin au format du lieu, aux murs des néons, dans la mezzanine, les recherches graphiques des artistes, au sol enfin une pyramide en plexiglas et néons verts et rouges tourne sur elle-même traversée de flashs lumineux.

Le visiteur est happé par l’univers graphique de Avaf. A arpenter le rez-de-chaussée de la galerie on suit les volutes enflammés verts et rouges et jaunes, on s’arrête sur les à-plats noirs qui remplissent l’espace entre des compositions abstraites qui tendent à la géométrie et les taches et flammes colorées. Deux créatures noires, dessinées, sont plaquées sur la composition, des figures féminines pourvues de gros seins et de grosses verges: de dos, à quatre pattes, le visage tourné vers nous, vaguement insolentes, vaguement menaçantes, elles laissent s’échapper des pets fumants et colorés ou des étrons marrons qui s’enroulent en colimaçon.

Ces mêmes silhouettes, outrancièrement bi-sexuées sont reprises dans les néons muraux, cette fois elles sont présentées avec leur titre, sortes de slogans tirés des lettres du collectif.
Ainsi A vos armes Français, ou encore, Aujourd’hui vous aurez faim, à la fois interpellation, constat et prophétie vertigineuses viennent ajouter à l’outrance visuelle une outrance verbale propre à donner un vernis discursif aux œuvres. En effet, l’aura des mots «francophones», «français», «virus», «faim» convoque des problématiques politiques dont les œuvres se défendent : elles restent des dessins pornographiques.

Eli Sudbrack se réclame des clubs et de la mouvance artistique gay des années 80. Aussi, on peut s’attendre à ce que son travail soit traversé par les problématiques de la culture gay : principalement la question de l’identité du corps et du genre.
Les créatures féminines aux reins creusés, à la taille élancée, aux lèvres, fesses et seins abondamment charnus, et au maquillage pompier, proposent à la fois une image de la femme conforme aux stéréotypes sexuels, et une image des transgenres toute aussi attendue.

Les artistes gays des années 80 ont transformé l’espace de la fête, night-clubs et cabarets, en des espaces de création, utilisant le pouvoir subversif de la fête, l’hybris du carnaval, pour traiter des questions liées à la sexualité, aux rapports de pouvoir qui lui sont associés, avec humour et distance. Assumant sans les détourner les stéréotypes associés à la sexualité, Avaf se laisse subvertir par eux. L’art est pourtant plus que la reproduction de clichés esthétiques et sociétaux.

Alarmante Vision Absolument Furieuse, 2010. Papier peint. Dimensions variables.
Nothing Novel Nothing Strange, 2009. Pyramide en plexiglas, système électrique, néons. 180 x 180 x 170 cm
Aujourd’hui vous aurez faim, 2010. Néons, aluminium. 170 x 120 x 12 cm
Artistiquement voué au feu, 2010. Néons, aluminium. 165 x 175 x 12 cm
Ancient Virus Attacks Francophones, 2010. Néons, aluminium.180 x 125 x 12 cm
A vos armes Français, 2010. Néons, aluminium.155 x 190 x 12 cm
Monique, 2010. Collage. 30,5 x 38,5 cm
Poop Trannie on Fire, 2010. Collage. 30,5 x 38,5 cm
Aujourd’hui vous aurez faim, 2010. Collage. 30,5 x 38,5 cm
Dragonalamer, 2010. Collage. 30,5 x 38,5 cm
Le Déjeuner à l’ongles sur l’herbe, 2010. Collage. 30,5 x 38,5 cm
Riding The Big Poop Wave, 2010. Collage. 30,5 x 38,5 cm
Trans Sado Maso renversé au rideau doré et argenté, 2010. Collage. 30,5 x 38,5 cm
Sans titre, 2010. Dessin à l’encre. 37,5 x 70 cm
Sans titre, 2010. Dessin à l’encre et marker. 53,5 x 38,5 cm
Sans titre, 2010. Dessin à l’encre et marker. 49,5 x 42 cm