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Art conceptuel. Une entologie

Les jeunes éditions Mix publient une «entologie» de textes majeurs de l’art conceptuel (par, notamment Art&Language, Emmett Williams, Bruce Nauman ou Lawrence Weiner), considéré comme mouvement artistique greffé sur la littérature.

Information

Présentation
Sous la direction de Gauthier Herrmann, Fabrice Reymond et Fabien Vallos
Art conceptuel. Une entologie

Art conceptuel, une entologie, est la première anthologie française qui réunit les textes des artistes conceptuels des années 1960-1970. C’est un ouvrage de 528 pages, réunissant 42 artistes (Vito Acconci, Bas Jan Ader, Vincenzo Agnetti, Art & Language, Terry Atkinson, Michael Baldwin, Ian Burn, Mel Ramsden, John Baldessari, Robert Barry, Bernd & Hilla Becher, Alighiero e Boetti, George Brecht, Victor Burgin, Donald Burgy, Gino de Dominicis, Walter De Maria, Hans Peter Feldmann, Henry Flynt, Simone Forti, Dan Graham, Hans Haacke, Douglas Huebler, Joseph Kosuth, Christine Kozlov, Sol LeWitt, Lee Lozano, Robert Morris, Matt Mullican, Maurizio Nannucci, Bruce Nauman, Yoko Ono, Adrian Piper, Allan Sekula, Robert Smithson, Alan Sonfist, Bernar Venet, Lawrence Weiner, Faith Wilding, Emmett Williams, Ian Wilson) et présentant près de 300 textes traduits, pour la plupart inédits en français.

L’ouvrage est complété par un dossier réunissant des textes de Emmanuel Hocquard, Dean Inkster, Ghislain Mollet-Viéville, François Piron et Gilles A. Tiberghien.

Extrait de la préface

«Une boîte avec le son de sa propre fabrication. Voilà à quoi se résume l’œuvre que Robert Morris réalisa en 1961 et qu’il présenta officiellement deux ans plus tard (le 24 mars 1963) à la Gordon Gallery de New York. Parce qu’une fois disposée sur le sol, elle ne donnait pas grand chose de plus à voir (et à entendre) que ce que promettait son simple énoncé, on peut tenir cette œuvre pour l’une des formes inaugurales de ce qui allait bientôt prendre le nom d’ »art conceptuel ». La désinvolture de son geste d’une part, son bouclage auto-référentiel d’autre part, permettent de la situer à la fois dans le prolongement du mouvement Fluxus (très actif au début des années soixante) et en rupture avec lui. […]

Quelques mois après la réalisation de la « boîte » de Morris, c’est pourtant d’un autre artiste et essayiste (aujourd’hui apparenté à tort au groupe Fluxus), Henry Flynt, que viendra la première définition explicite de ce que ce dernier appelle alors le Concept Art (l’art concept) : « Le concept art, dit-il, est avant tout un art dont les concepts sont le matériau, de même que le son, par exemple, est le matériau de la musique. Dans la mesure où les concepts sont étroitement liés au langage, le concept art est une forme d’art dont le matériau est le langage ».  […]

Reste que le mode de présentation et la mise en forme du langage dans le langage sont d’une nature très différente de celles, disons, d’un cube en acier. S’il n’y a pas, dans ce dernier cas, à tergiverser longtemps sur ses tenants matériels (les trois dimensions de l’espace), l’œuvre conceptuelle, en revanche, semble se prêter à d’infinies traductions formelles. Du manuscrit à la feuille dactylographiée, de la feuille dactylographiée à son encadrement au mur, du cadre à la page du livre ou au magazine, elle se présente souvent comme une structure abstraite qui joue de toutes les modalités possibles, sinon de l’inscription, du moins de l’impression.

Bien qu’on ne puisse non plus le réduire à un simple élan de subversion institutionnelle, l’art conceptuel échappait ainsi, par voie d’édition, au socle économique et esthétique de la galerie. Mais il se pourrait, en définitive, qu’à vouloir systématiquement biaiser les protocoles conventionnels de l’apparition de l’art, l’histoire des avant-gardes ait engendr là, au début des années soixante, une sorte d’enfant bâtard de la littérature ; l’artiste dans son atelier allait se retrouver dans une posture fort comparable à celle d’un écrivain devant sa machine à écrire.

Partant de ce constat simple de la similarité des outils et des modes de production plastiques et littéraires, en tout cas dans l’art « textuel », c’est avec cette image en tête que l’ouvrage que nous proposons aujourd’hui voudrait tenter, pour une fois, de « lire » les conceptuels.

A commencer par en faire une entologie donc, et non une anthologie. Où il s’agirait précisément d’enter, de greffer certaines des productions de ce mouvement artistique sur la branche de la littérature générale (plutôt que d’en « faire un bouquet » comme le terme traditionnel l’entend). Une entologie littéraire par conséquent, une greffe pour voir, dont seul le temps dira si elle est effectivement viable.»

Diffusion : r-diffusion