ART | CRITIQUE

Around A Round

PNicolas Bauche
@12 Jan 2008

Dans «Around A Round», sa dernière exposition chez Ghislaine Hussenot, Agnès Thurnauer privilégie la peinture en forme de cercle, modifie des patronymes arborés comme des labels, hybride l’art par la transsexualité. Le féminin et le masculin, comme l’image et l’écrit, sont le recto et le verso du tableau. Un simple échange modifie la portée de notre regard.

Apparemment, Agnès Thurnauer tourne en rond. «Around A Round», sa dernière exposition chez Ghislaine Hussenot, privilégie la peinture en forme de cercle, jouant malicieusement sur la polysémie de cette figure géométrique. Un peu comme une comptine pour enfants, le tableau nous fait passer du coq à l’âne par un travail de libre association.
Le cercle? C’est à la fois l’œil, celui du peintre — avec moult emprunts aux chefs d’œuvre du passé —, et du voyeur — qui se repaît d’érotisme visuel et non d’étreintes physiques —, le cercle chromatique, le disque ou le CD voire même le pin’s. Sous couvert de fantaisie, l’artiste nous entraîne ainsi dans une relecture de l’histoire pour le moins personnelle.

Vermeer y rencontre John Lennon, la médiasphére donne la parole à Rembrandt. Des entrevues dont l’inédit dissimule un travail intelligent sur l’art et ses manifestations. Le choc des époques n’est qu’un point de départ pour interroger l’esthétique.
Que disent les tableaux? Retenue dans la tourbe picturale, la parole remonte enfin à la surface, brouillant l’image et les regards de la protagoniste de Vermeer. On ne voit plus, on lit les lyrics de Lennon («Imagine there’s no heaven, no hell above us» même en art), on mélange texte et image dans une œuvre nouvelle malgré les emprunts au Hollandais.

Sur le mur opposé, les =Badges xx Story, des pins’s de 90 cm de diamètre, épinglent l’identité masculinisée ou féminisée de grands noms de l’art: Nicolas Poussin devient, après un coup de pinceau, Nicole Poussin, Michel-Ange se transforme en Michèle-Ange ni vu ni connu…
Thurnauer modifie des patronymes arborés comme des labels, hybride l’art par la transsexualité. Le féminin et le masculin, comme l’image et l’écrit, sont le recto et le verso du tableau. Un simple échange modifie la portée de notre regard. Alors face A ou B pour ce microsillon strié de guitares? Juste un titre de Barry White, Let the Music Play, ode aux harmonies seventies.

Le travail d’Agnès Thurnauer est avant tout la mise en image d’une équation qu’elle nous livre dans son œuvre Bien faite, mal faite, pas faite, une ronde de bustes nus, de seins et de fesses en dentelles inspirés de la publicité pour les sous-vêtements Aubade: «Principe d’équivalence, création permanente». Les chimères de l’alchimie s’immiscent dans les arts plastiques.

Agnès Thurnauer
Around A Round, 2006. Acrylique sur toile Diamètre : 90 cm.
Imagine (Vermeer), 2006. Acrylique sur toile Diamètre : 90 cm.
Interview (Rembrandt), 2006. Acrylique sur toile. Diamètre : 150 cm.
Barnett Newman, Serial, 2006. Acrylique sur toile Diamètre : 200 cm.
Let The Music Play, 2006. Acrylique sur toile . Diamètre : 180 cm.
Clémence Greenberg – Renée Magritte – Martine Kippenberger – Annie Warhol – Marcelle Proust – Eugénie Delacroix – Louis Bourgeois – Nicole Poussin – Jeanne Nouvelle- Francine Picabia – Michèle – Ange – Fernande Léger – La Corbusier – Simon de Beauvoir – Le Callas – Frédérique Nietzche – Joséphine Beuys – Miss van der Rohe – Jacqueline Pollock – Marcelle Duchamp, 2006. Acrylique sur toile. Diamètre : 50 cm.
Sound of Silence (micros), 2006. Acrylique sur toile. Diamètre : 180 cm.

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