ART | CRITIQUE

Antoine Marquis

PElisa Fedeli
@12 Déc 2011

A une époque où le marché encourage les artistes à se répéter dans un même style, Antoine Marquis refuse la facilité. Dans ses dessins, il revisite tous les genres de l’histoire de l’art et égrène différents styles. Une manière de dire qu'il les assume tous, quitte à désorienter le public.

Le dessin, qui a pris une place de plus en plus importante dans l’art contemporain, est souvent exposé dans des conditions propices à le monumentaliser, comme le tableau et l’installation.

Dans cette exposition, au contraire, Antoine Marquis présente des dessins d’apparence modeste, dans lesquels il privilégie l’économie de moyens: de très petits formats, des supports pauvres (le papier Canson, la page déchirée du cahier à spirales) et des techniques ordinaires (le crayon de papier, le stylo à bille). A tel point qu’on soupçonne d’abord ces dessins d’être des exercices préparatoires…

Un retour à l’authenticité même du dessin? Peut-être. L’artiste expose ici, pour la première fois, d’anciens dessins de la période 1998-2004, ainsi que de plus récents. Une manière d’explorer son œuvre dans ses développements successifs.

Des sujets très divers sont traités. Les premiers dessins sont des saynètes narratives, influencées par les genres de la science-fiction, de l’heroic-fantasy et de la bande dessinée. Ils contiennent déjà en germe cette atmosphère étrangement froide qu’on retrouve dans les œuvres de l’artiste, réalisées à l’acrylique.

Dans le second ensemble, ce sont principalement les genres traditionnels de la nature morte et du portrait qu’ Antoine Marquis a revisités. Une série de bouquets de fleurs, référence à la mode flamande du XVIIe siècle, fait face à plusieurs portraits de l’acteur français Jean Bouise.

La facture ultra-classique de ces dessins étonne. D’une précision clinique, elle fige les sujets dans une immobilité presque inquiétante. La teinte gris-bleu du papier utilisé pour les portraits de l’acteur, éternel second rôle, accentue leur côté vieillot.

Considérés d’un point de vue individuel, les dessins qu’Antoine Marquis expose ici ont peu d’intérêt. C’est au contraire leur confrontation dans un même accrochage qui fait sens: se révèle alors une sorte de déclinaison de tous les styles et de tous les genres que l’artiste a expérimentés.

A une époque où le marché encourage les artistes à se répéter dans un même style pour être plus facilement identifiables, Antoine Marquis semble nous dire que, pour lui, être artiste, c’est au contraire assumer des genres très différents et ne pas se cantonner à un seul, quitte à désorienter le public.

Œuvres
— Antoine Marquis, Bouise I, 2011. Graphite sur papier, 22 x 16,5 cm.
— Antoine Marquis, Bouise II, 2011. Graphite sur papier, 21,5 x 15 cm.
— Antoine Marquis, Nyarlathotep, 2005. Technique mixte sur papier, 25 x 17,8 cm.
— Antoine Marquis, Dans l’abîme du temps, 2005. Stylo à bille sur papier, 29,5 x 21 cm.

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