ART | EXPO

Anomalies construites

03 Fév - 19 Mar 2011
Vernissage le 02 Fév 2011

Connu entre autres pour ses Lettres de non-motivation, Julien Prévieux développe, depuis une dizaine d’années, une pratique irrévérencieuse et ludique où l’usage récurrent du «contre-emploi» est un principe de court-circuitage des modèles et des codes auxquels il se réfère.

Communiqué de presse
Julien Prévieux
Anomalies construites

L’école municipale des beaux-arts, galerie Edouard Manet de Gennevilliers présente «Anomalies construites», première exposition personnelle de Julien Prévieux dans un centre d’art d’Île-de-France. À cette occasion, il présente un ensemble de pièces récentes et inédites. Connu, entre autres, pour ses Lettres de non-motivation, réponses argumentées et absurdes à des offres d’emploi, Julien Prévieux développe, depuis une dizaine d’années, une pratique irrévérencieuse et ludique où l’usage récurrent du «contre-emploi» est un principe de court-circuitage des modèles et des codes auxquels il se réfère.

L’exposition s’ouvre, selon le principe de l’aménagement du territoire et de la rue — artefact de Lotissement — par l’alignement de cinq maquettes d’annexes d’habitation, cabanons ou autres garages. Ces modélisations à échelle humaine sont les répliques d’espaces de travail, le retrait ou de recueillement de personnalités de la fin du xixe siècle et du XXe siècle: Le Corbusier, Virginia Woolf, Gustav Mahler, Ludwig Josef Johann Wittgenstein ou encore Larry Page et Sergey Brin, les deux inventeurs de Google. Ils sont autant de lieux d’extraction de la pensée qui devient architecture, littérature, philosophie, musique ou invention. Leur modestie architecturale contraste avec la hauteur de vue et de pensée de leurs occupants et résonne ici, dans leur représentation, comme une suite de mausolées à la gloire des grands hommes.

Plus loin, un casque audio mis à disposition du public diffuse une pièce sonore, L’huissier. Sur le mode de fonctionnement des audio-guides, l’enregistrement décrit dans le menu détail une exposition — non pas celle de Julien Prévieux, «Anomalies construites», qui est donnée à voir actuellement, mais la précédente, «La Méthode graphique et autres lignes». Dès lors, un hiatus s’opère dans le temps et dans l’espace. Et cette rupture entre la parole et le visible déboussole le visiteur plus qu’il ne l’oriente. Libéré de tout parcours codifié et normalisé, il doit retrouver une relation libre et individualisée à l’espace et aux oeuvres présentées. Une seconde perturbation, cette fois-ci visuelle, est introduite dans l’exposition. À la facture «convenue» des deux pièces précédentes, s’opposent celle, définitivement artisanale, des deux suivantes, D’octobre à février et Menace 2.

D’octobre à février réunit un ensemble de dix pulls fait-main. Julien Prévieux a commandé à dix tricoteuses ces pulls dont les motifs (des compositions abstraites constituées d’un ensemble de carreaux colorés) reproduisent les étapes significatives de simulation par ordinateur d’une situation insurrectionnelle. L’oeuvre prend corps dans une faille entre les deux procédures de réalisation des schémas: le point de jersey contre le calcul d’algorithmes par ordinateur, l’agitation collective contre la pratique solitaire et paisible des tricoteuses. Il les invite ainsi à renouveler l’iconographie révolutionnaire où la figure du Che cède la place à une quantification désincarnée, mais révélatrice, dans le même temps, d’une omniprésence de l’intelligence artificielle.

Menace 2 se fait l’écho de cette relation ambivalente que nous entretenons avec les nouvelles technologies, vécues à la fois comme force d’émancipation et, inversement, comme force d’asservissement. Entre sculpture et design, ce bureau surmonté de trois cent quatre cases en bois à l’intérieur desquelles se trouvent des billes, est en fait la réplique de la première machine dotée d’une réelle capacité d’apprentissage, conçue en 1961 par Donald Michie. Il s’agit d’un partenaire low tech, contre lequel on peut jouer au morpion. Aussi incroyable que cela puisse paraître, au bout d’un certain nombre de parties, la machine tire les enseignements de ses essais et de ses erreurs antérieurs pour prendre le dessus sur l’humain. Cette oeuvre, pour ludique et participative qu’elle soit, exhume la peur ancestrale d’une confrontation à une intelligence et une force supérieures générées par nous-mêmes.

Un lent travelling sur les écrans d’une salle d’ordinateurs clôt l’exposition. Ceux-ci sont éclairés par les pages d’ouverture de logiciels de conception et de simulation en 3D. À défaut d’être blanches, elles portent déjà les repères spatiaux préalables à toute application qu’elles conditionnent. En voix off, une polémique entre un utilisateur professionnel et un amateur accompagne ce défilé fascinant de possibles. À la défense de la reconnaissance du travail professionnel et de sa rémunération s’oppose celle de la liberté d’usage, de création et de diffusion. Cette opposition — ou cette complémentarité, selon les points de vue — est inhérente au développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Inéluctablement la question se pose; à qui profite le crime?

Les stratégies développées par Julien Prévieux dans les oeuvres réunies pour son exposition «Anomalies construites» sont fondées sur la confrontation volontaire d’un individu avec des systèmes donnés et codifiés. À l’inverse de la passivité de Bartleby, «I would prefer not to», Julien Prévieux propose un activisme où l’humour et l’absurdité résonnent comme autant de possibilités d’habiter le monde et de restaurer l’utopie d’une liberté individuelle. Etre, en quelque sorte, un grain de sable qui enraye la belle mécanique d’une pensée progressiste.

Vernissage
Mercredi 2 février 2011. 18h-21h. En présence de l’artiste.

Autour de l’événement
Samedi 5 février 2011. 14h30-16h.
Rencontre avec l’artiste.

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