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Anne-Marie Schneider : fragile, incassable

Des dessins à l’improvisation contrôlée, sur feuille ou sur film. Les lignes, chaotiques, révèlent des formes de l’ordre de l’intime. Des poèmes visuels à l’équilibre précaire autour de la figure de l’œuf : incassable pour le poussin autant que fragile pour l’homme.

— Éditeur : Musée d’art moderne de la Ville de Paris / Paris-Musées, Paris
— Année : 2003
— Format : 25 x 21 cm
— Illustrations : nombreuses, en couleurs et en noir et blanc
— Pages : 95
— Langues : français, anglais
— ISBN : 2-87900-788-7
— Prix : 20 €

Introduction
par Laurence Bossé

Elle dessine, dessine, dessine … comme on écrit, dans une sorte d’automatisme de tous les jours. Objets, animaux, êtres humains qu’un trait précis saisit dans des rapports échappant à toute hiérarchie et règles habituelles, répondent, au cœur de la démarche d’Anne-Marie Schneider, à une nécessaire oscillation entre un univers intime, mental et physique, fait de luttes et de blessures, et le monde extérieur, social.

Ceci pourrait être une des raisons qui ont conduit l’artiste à la pratique du cinéma super 8, outil idéal permettant une confrontation discrète, légère mais directe avec la vie quotidienne et ses acteurs. Dans le prolongement évident de ses recherches graphiques, en atelier ou en extérieur parfois (le métro par exemple), les trois courts-métrages réalisés depuis 1999, Sans titre, Code Barre et Mariage, associent dessins animés, et prises de vue à caractère documentaire.

Au-delà des aspects formels ou techniques, la nouvelle série de dessins réalisés autour du thème de l’œuf et présentés pour la première fois dans cette exposition, en fournit un exemple étonnant. Un et multiple, fragile et fort, symbole de vie, de sexualité, de reproduction, I’œuf est aussi l’image d’une production industrielle liée à la consommation. Prolifération inquiétante, besoin de protection, monstruosité validant la règle, I’œuf se fait ici le vecteur des angoisses primitives enfouies dans notre inconscient tout autant que des représentations critiques idéologiques des fonctionnements de la société.

Films ou dessins, voire sculptures ou objets, les œuvres d’Anne-Marie Schneider s’énoncent sur le ton du tragique et du comique, de l’absurde ou de la sur-évidence, décalage indispensable pour affronter les monstres de la réalité.

À travers le choix de techniques telles que le dessin et le film super 8, c’est-à-dire d’une économie de moyens et d’une indépendance vis-à-vis des lieux de travail et d’exposition, Anne-Marie Schneider s’est construit l’espace d’une liberté réelle et essentielle.

(Texte publié avec l’aimable autorisation des éditions du musée d’art moderne de la Ville de Paris)

L’artiste
Anne-Marie Schneider, née en 1962 à Chauny, Aisne, vit et travaille à Paris, France.

Les auteurs
Laurence Bossé est responsable de l’Arc au musée d’art moderne de la Ville de Paris ;
Angeline Scherf est commissaire de l’exposition « Anne-Marie Schneider : fragile, incassable » au musée d’art moderne de la Ville de Paris (7 mai-22 juin 2003) ;
Frédéric Pellion est psychanaliste ;
Jean-Marc Bustamante est artiste. Il a représenté la France à la 50e Biennale de Venise en 2003 ;
Jean-François Chevrier est historien de l’art.