ART | EXPO

Natures mortes

22 Mai - 24 Oct 2021
Vernissage le 22 Mai 2021

Transfert réussi pour Anne Imhof, dont l'impressionnante maîtrise des espaces, des lumières et du son transforment le Palais de Tokyo en scène troublante, crue sans jamais être vulgaire, teintée d'impertinence et de violence retenue...

La carte blanche Natures Mortes confiée au Palais de Tokyo à Anne Imhof, est une plongée totale, immersive, dans les bas-fonds de l’art contemporain, dont on ressort étourdi.

Un silence assourdissant

Si l’atmosphère est aussi prenante, c’est que le talent d’Anne Imhof est avant tout polyphonique. Dans une esthétique dépouillée où prédomine le gris, elle anime des hauts-parleurs, insectes grésillants qui tournent autour des spectateurs ; elle passe en boucle des vidéos sur des écrans démesurés, pour que disparaisse la frontière de la vue et du vécu ; elle illumine des fusains qui semblent tout d’un coup sortir de la toile. Et parfois, elle laisse un espace vide, ou presque, comme pour donner de l’écho au silence des objets.

Ne reste que la coquille. Même les noms prestigieux des artistes qu’elle invite : Cy Twombly, Francis Picabia, Sigmar Polke, Joan Mitchell… se taisent, se fondent dans un ensemble vibrant d’une tension retenue, mais jamais avouée.

Anne Imhof, No limit

On peut aller dix fois au Palais de Tokyo, et s’y perdre dix fois. L’appropriation de l’espace est telle qu’on ne sait jamais si on est «encore » dans l’œuvre. Le titre, Natures mortes, entretient le doute : en anglais « Still life », il semble demander « Is this still life ?  » Est-ce encore la vie ? Chaque détail est utilisé, ou mis au service de l’ensemble, pour un résultat d’une cohérence exceptionnelle, et d’une immersion totale. Magritte affirmait posément : « Ceci n’est pas une pipe ». En allant au Palais de Tokyo, on n’oserait pas jurer «Ceci n’a pas été voulu par Imhof».

C’est là que l’expertise rejoint la naïveté : l’exposition n’est absolument pas balisée. Il n’y a pas de sens de visite, pas de texte sur les cartels, qu’il faut d’ailleurs chercher, en gris clair sur blanc, pas d’interprétation imposée ou de référence incontournable. L’œuvre semble dire : « Servez-vous. »